Les fragments de Le coeur sans amour/douleur/générosité n'est pas un coeur, de Jayce Salloum, représentent le clou de l'exposition.

Des artistes primés au MBAC

Le rendez-vous est devenu annuel. Si certains créateurs récompensés par le Gouverneur général ont droit à un gala au Centre national des arts, les récipiendaires des prix en arts visuels et médiatiques, eux, ont de nouveau droit à leur exposition au Musée des beaux-arts du Canada (MBAC).
La mouture 2014 marie donc la peintre d'Ottawa Carol Wainio, le sculpteur Kim Adams, la tisserande-diariste Sandra Brownlee (prix Saidye-Bronfman), les photographes Angela Grauerholz et Jayce Salloum, l'artiste pluridisciplinaire Max Dean, ainsi que l'artiste de la performance et de l'installation Raymond Gervais.
Pour la commissaire de ce rendez-vous annuel, Rhiannon Vogl, le défi s'avère toujours le même: tisser des liens entre les oeuvres d'artistes qu'a priori, on n'aurait pas nécessairement songé à associer.
« Cette fois, j'ai trouvé la piste de la mémoire, de l'archive, de la collection, car chacun des artistes primés explore cette idée à sa manière », a mentionné l'adjointe à la conservation en art contemporain du MBAC, en charge de la sélection pour une quatrième fois.
Sans absolument rien enlever aux créateurs récompensés d'un prix du Gouverneur général cette année, force est de reconnaître que l'exposition qui les réunit dans trois petites salles n'est pas la plus intéressante qu'il ait été possible de voir au MBAC. Est-ce par manque d'oeuvres ou d'espace pour bien les représenter? Toujours est-il que le visiteur restera peut-être sur sa faim.
Cela dit, quelques installations valent malgré tout le coup d'oeil. D'entrée de jeu, l'étonnante capsule du temps rapiécée par l'artiste, bricoleur et récupérateur Kim Adams, interpelle le public, qui ne pourra cependant qu'admirer par la porte ouverte les différents éléments du quotidien contenus dans cet ancien silo à grains transformé en genre de vaisseau spatial.
En opposant les derniers mots en prose de Samuel Beckett aux sonates inachevées de Claude Debussy, Raymond Gervais a pour sa part créé un point d'orgue à leur démarche respective. Disposés sur des lutrins, les mots de Beckett (qui évoque l'attente et la fin : « Puis partir. Commencer à partir. Oh tout finir. ») font face aux instruments de l'orchestre (du hautbois à la contrebasse) qui attendent les partitions de Debussy. Ce face à face s'avère éloquent de silence et porteur de réflexion sur la mort, qui n'est pas toujours synonyme de fin, puisqu'une oeuvre, même inachevée, peut continuer à vivre dans l'imaginaire d'un autre créateur, des années plus tard.
Les fragments de Le coeur sans amour/douleur/générosité n'est pas un coeur, de Jayce Salloum représentent le clou de cette exposition. Résultant d'un séjour à Bamiyan, l'installation multimédia du natif de Colombie-Britannique rend non seulement compte de la situation du peuple hazara, minorité musulmane chiite, dans cette région d'Afghanistan, mais aussi des ravages des guerres multiples ayant secoué ce pays au fil des ans. Dessins d'enfants, plans d'entrevues, photographies de saisissants paysages et visages, échanges de courriels entre M. Salloum et l'artiste afghan Khadim Ali, etc. : tout est fixé aux murs par de simples punaises, comme si on se retrouvait dans un abri temporaire ou sous une tente. L'effet est aussi percutant que pertinent.