Dernier adieu à La Ferme Rouge (en vidéo)

Le copropriétaire de La Ferme Rouge, une institution du secteur Masson-Angers réduite en cendres, dimanche, veut reconstruire son restaurant-cabaret le plus tôt possible.
<p>Le spectacle du restaurant La Ferme Rouge</p>
Lundi, Sam Faoual a visité les ruines du commerce qu'il a acquis l'an dernier. « Non, ce n'est pas la fin de La Ferme », a-t-il confirmé.
La Ferme Rouge a connu un sommet de popularité commerciale dans les années 80 et 90. Selon M. Faoual, les affaires avaient bien repris depuis quelques mois, à force de campagnes de publicité et de rénovation.
« Je suis déçu, je capote... La Ferme Rouge, c'est une famille d'une trentaine de personnes. »
L'homme d'affaire ne sait pas ce qui va arriver à court terme avec ses employés. « Nous devons voir ce qui va se passer du côté des assurances. »
M. Faoual dit avoir reçu la visite d'inspecteurs du Service des incendies de Gatineau à « deux ou trois reprises » depuis qu'il en est le propriétaire. Le bâtiment de bois a été construit il y a 109 ans. Le propriétaire assure que son bâtiment historique, équipé de gicleurs et d'un système d'alarme, respectait les normes. La structure de bois n'a toutefois pas pardonné lorsque l'incendie s'est déclaré. Les flammes ont envahi l'endroit en quelques minutes. « Les pompiers me disaient : 'c'est une question de temps' avant qu'un événement comme celui-là se produise. »
L'incendie a fait pour 1,4 million $ de dommages. La perte est totale. « Il ne reste plus rien », se désole l'homme d'affaires.
Le Service des incendies de Gatineau (SIG) confirme que des travaux de soudure sont à l'origine de l'incendie, ce qui écarte la thèse d'un geste volontaire et criminel. Le brasier a pris naissance au sous-sol, lorsqu'un ouvrier aurait échappé une torche.
Les pompiers ont mis huit heures à contrôler les violentes flammes. L'appel initial au 9-1-1 a été fait à 10 h 52. Les sapeurs ont déclaré l'incendie sous contrôle vers 18 h 32.
« Malgré l'ajout de ressources appropriées, précise la direction du SIG, des actions défensives ont dû être entreprises pour limiter la propagation à une résidence voisine. La température froide et des vents forts ont ajouté aux difficultés des équipes sur place. »
La Ferme Rouge est bien connue dans la région. De nombreux artistes québécois bien connues, comme Boom Desjardins, Martin Deschamps, Dan Bigras, Marie-Chantal Toupin, Marjo et Éric Lapointe y sont montés sur les planches.
Le bâtiment agricole est devenu un lieu de divertissement en 1979, prenant le nom de la Spaghetterie. En 1984, l'endroit prend le nom de La Ferme Rouge. Les spectacles de danse et de musique ont fait sa renommée pendant des années.
Après une baisse de régime, La Ferme Rouge avait repris de la vigueur, ces derniers mois. La clientèle semblait revenir à ses anciennes amours. Les propriétaires venaient de terminer des travaux de rénovation de 120 000 $. « Ça commençait à aller mieux », dit M. Faoual.
Ces derniers mois, la direction a misé sur le style cabaret, mais a aussi invité des artistes reprenant des succès populaires.
M. Faoual veut reconstruire un bâtiment ayant la même allure d'antan, « respectant le charme des années 1800. »
Réaction du maire
Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, n'a pas tardé à réagir à cet incendie majeur.
« C'est une grande perte pour Gatineau, en particulier pour l'est de la ville. Beaucoup d'artistes se sont produits là-bas, c'est vraiment une belle institution que l'on perd. J'en suis très triste », a-t-il commenté, souhaitant que le restaurant-cabaret soit reconstruit sous une forme équivalente.
À son avis, il est prématuré de dire si la Ville pourrait venir en aide au commerce, puisqu'il s'agit d'une entreprise privée et que les événements sont trop récents.
Entamer le deuil
La tristesse, la sérénité et la joie se côtoyaient près des décombres du restaurant La Ferme Rouge, lundi soir. Les employés ont organisé une vigile pour faire un dernier adieu à l'établissement pour lequel il travaillait. Ils ont pleuré, ils ont ri et ils ont chanté, un peu comme il le faisait ensemble depuis plusieurs années.
« C'est la moitié de ma vie qui part », relate l'ancienne serveuse, chanteuse et danseuse du restaurant, Suzanne Potvin. « J'ai vécu des choses extrêmement joyeuses et tristes, comme dans tout emploi. J'ai perdu ma famille, ma deuxième maison. Pour la plupart des gens, c'est ça. »
« C'était compliqué pour le son, pour l'éclairage et pour les gars et les filles qui dansaient, raconte le directeur musical, Sylvain Lavoie. On ne vit pas de telles choses sur une grande scène où tout est parfait. Les imperfections faisaient le charme de la place. »
- Avec Daniel LeBlanc et Julien Paquette