De Pearson à Baird

Pas davantage que son patron Stephen Harper, le ministre des Affaires étrangères, John Baird, ne s'embarrasse pas de formules belliqueuses sur la scène internationale.
Les Canadiens ont fait leur marque comme artisans de paix pendant plusieurs décennies marquées par le prix Nobel de la paix remis en 1957 à Lester B. Pearson qui était alors Secrétaire d'État aux Affaires extérieures dans le gouvernement libéral de Louis Saint-Laurent. On avait même affirmé que la force du maintien de la paix des Nations unies, une créature de Pearson, avait « sauvé le monde » lors de la crise du canal de Suez en 1956.
Aujourd'hui, au coeur de deux crises majeures en Ukraine et au Proche-Orient, dans l'enclave de Gaza, se pourrait-il que les priorités conservatrices en matière d'affaires étrangères soient en porte-à-faux par rapport à celles des Canadiens ? En effet, l'agence La Presse Canadienne révélait, selon des coups de sonde réalisés pour le ministère des Finances avant le dernier budget, que les principales politiques du gouvernement Harper étaient déconnectées des priorités des Canadiens. Plusieurs groupes interrogés affirmaient alors que l'économie n'était pas tant une priorité que l'éducation, la santé, les régimes de retraite et les anciens combattants.
Dans un premier cas, les Canadiens sont résolument derrière leur gouvernement pour mettre la pression sur le président russe Vladimir Poutine qui porte une lourde responsabilité dans la chaîne des événements qui ont mené à l'écrasement du vol MH17 de la Malaysian Airlines, abattu en plein vol par un missile sol-air alors qu'il survolait l'Est de l'Ukraine. À cette première catastrophe qui a fait 298 victimes, Vladimir Poutine en a causé directement une autre en se gardant d'intervenir auprès des rebelles prorusses pour faciliter l'arrivée des secours et des enquêteurs sur les lieux du drame. John Baird a déclaré avec justesse que Poutine n'avait pas tiré mais qu'il avait armé le fusil. Depuis le tout début de la crise ukrainienne, le Canada s'est rangé sans équivoque aux côtés des Ukrainiens face aux rebelles et à la Russie. Les tristes événements des derniers jours lui ont donné raison et les Canadiens appuient, sans l'ombre d'un doute, et le discours et les gestes du gouvernement, avec la communauté internationale, pour faire entendre raison à Vladimir Poutine. Les sanctions envisagées par le Canada ne soulèveront sans doute pas d'inquiétude à Moscou mais le concert des nations a mis Poutine au ban de la communauté internationale, d'où sa déclaration tardive d'hier à l'effet que « la Russie fera tout ce qui est en son pouvoir pour une enquête complète, impliquant toutes les parties, en profondeur et transparente. » Il est plus que temps.
Au Proche-Orient, on ne pourra compter sur le gouvernement Harper pour faire entendre les voix de la raison, car il a, depuis plusieurs années, pris fait et cause pour Israël. « Le Canada continuera d'appuyer de façon inébranlable le droit d'Israël de se défendre tant que dureront les attaques terroristes perpétrées par le Hamas », déclarait le premier ministre Harper. Le Canada s'est donné peu de marge diplomatique pour accentuer la pression internationale pour un cessez-le-feu. L'appui de Harper ne serait-il pas un levier pour faire entendre la voix de la raison grâce à son accès privilégié au premier ministre israélien Benyamin Netanyahou ?
Le Canada de Harper et Baird se situe à des années-lumière de celui de Saint-Laurent et Pearson. Le 1er juillet dernier, le premier ministre a souligné que « le Canada est un partenaire de confiance, un pays combattant, courageux (a courageous warrior), et un voisin compatissant. » Au-delà des nuances égarées dans la traduction, l'image que veut projeter Stephen Harper de notre pays est celle d'un « guerrier courageux », ce qui nous permet d'affirmer avec une égale certitude que, ni Stephen Harper, ni John Baird, ne recevront le prix Nobel de la paix. Tradition perdue dans la traduction.