L'oeuvre Le glacier des Bossons peut être admirée lors de l'exposition John Ruskin - Artiste et observateur qui est présenté au MBAC jusqu'au 11 mai.

De l'art à l'observation avec John Ruskin

John Ruskin aura été fin observateur à tous points de vue. De la création des autres, d'abord, puisque le Britannique (1819-1900) demeure aujourd'hui (re)connu pour ses critiques d'art et écrits théoriques à l'époque victorienne.
De la pierre, ensuite, dont il a capté l'essence naturelle ou architecturale, ayant lui-même signé des centaines de dessins, aquarelles et daguerréotypes. John Ruskin - Artiste et observateur, présenté au Musée des beaux-arts du Canada jusqu'au 11 mai et réunissant quelque 140 oeuvres rarement exposées, lève justement le voile sur cette facette méconnue de l'acuité de son regard.
Cette acuité se ressent dans les détails, ici du Relief en spirale d'un des portails de la cathédrale de Rouen, là du Glacier des Bossons, Chamonix (1849), par exemple. Ces dessins s'avèrent d'une si saisissante précision qu'on croirait presque à une photographie aux accents sépia.
Ailleurs, il se fait plutôt impressionniste, comme en témoignent ses études d'aurores et de nuages, qui ne sont pas sans rappeler Monet.
Mais même lorsqu'elles donnent l'impression d'avoir été travaillées plus à l'instinct (Mer de glace ou encore La Cascade de la Folie, de Chamonix), les aquarelles et esquisses de Ruskin restent étudiées et tout aussi révélatrices de son fabuleux sens de l'observation.
D'un côté, une scrupuleuse méticulosité. De l'autre, une pulsion plus sensuelle.
D'un côté, l'émerveillement de dessiner in situ (ou à partir des daguerréotypes qu'il prend ou dont il supervise la production). De l'autre, la détresse viscérale face à la dégradation de ce qu'il voit.
Ces «pôles» de création serait-il le reflet de ses tendances maniaco-dépressives?
C'est du moins ce que laisse sous-entendre, dans le très intéressant catalogue de l'exposition, le commissaire Christopher Newall, du Scottish National Portrait Gallery, qui collabore à John Ruskin.
Certes, l'oeuvre de ce dernier gagne en intérêt et en signification lorsqu'elle est ainsi remise en contexte. Elle s'en apprécie pas moins pour ce qu'elle est visuellement, sans autre explication.
Car qu'il ait copié Carpaccio ou le Tintoret, reproduit L'entêtement de la dryade ou priorisé les couleurs d'un martin-pêcheur (magnifique de délicatesse), John Ruskin a laissé derrière lui une oeuvre conséquente et intrinsèquement fascinante.
D'autant qu'à vouloir ainsi rendre compte de l'érosion des sommets enneigés et glaciers de Chamonix aussi bien que de témoigner du délabrement de certaines façades de Venise laissées à l'abandon, John Ruskin jette un regard précurseur, pertinent et quasi documentaire sur les effets, voire méfaits, du passage du temps sur les paysages urbains et naturels.
POUR Y ALLER
OÙ? Musée des beaux-arts du Canada
QUAND? Jusqu'au 11 mai
RENSEIGNEMENTS? 613-990-1985, beaux-arts.ca