Le maire d'Ottawa Jim Watson. - Simon Séguin-Bertrand, Le Droit

De Lachute à Ottawa

CHRONIQUE/ « Je suis triste qu'on ait quitté le Québec parce que j'aime beaucoup cette province. »
Ces mots peuvent surprendre venant de la bouche du maire d'Ottawa, Jim Watson. Vrai, M. Watson est francophile et bilingue, mais on le connaît surtout pour sa carrière en politique municipale et pour ses sept années à titre de député et ministre au sein du cabinet de l'ancien premier ministre libéral de l'Ontario, Dalton McGuinty. Et depuis un certain temps, le nom de Jim Watson est directement associé au refus catégorique de la Ville d'Ottawa de devenir officiellement bilingue.
Mais Jim Watson est Québécois. Et fier de l'être. Né à Montréal, il a grandi à Lachute, là où il a complété ses études secondaires au Laurentian Regional High School, soit la même institution scolaire où sa mère enseignait le français aux Anglo-Québécois.
Son père était pour sa part ingénieur pour la compagnie de peinture CIL dont le siège social se trouvait à Montréal. Mais en 1976, à l'arrivée au pouvoir du Parti québécois, la majorité des employés de chez CIL ont été transférés à Toronto. Jim Watson avait alors 16 ans.
« Mon père et les employés de CIL ont été transférés à cause de l'instabilité politique dans la province de Québec, se souvient-il. Et ce fut difficile de quitter Lachute. J'aimais cette ville, j'aimais le Québec et j'avais mes amis là-bas et tout ça. Mais j'avais 16 ans et, à cet âge-là, on ne comprend pas très bien ce qui se passe (sur la scène politique). Mais je me souviens de la Crise d'octobre de 1970 parce que la Ville de Lachute avait annulé l'Halloween », lance-t-il en riant. Mais plus sérieusement, il ajoute : « je me souviens aussi de cette crise parce que la fille de James Cross* était enseignante à mon école à Lachute. Et même si j'étais très jeune, je comprenais que quelque chose de très sérieux se passait au Québec. On voyait les soldats armés dans les rues et ça faisait peur. » 
Jim Watson a vécu quelques années à Toronto, puis à Sarnia, avant de déménager à Ottawa pour faire ses études en journalisme à l'Université Carleton, lui qui rêvait d'une carrière comme journaliste dans la presse écrite.
« Mais quand j'ai gradué en 1983, il n'y avait presque pas d'emplois en journalisme, se rappelle-t-il. Trois grands quotidiens canadiens (dont le Ottawa Journal) venaient de fermer leurs portes et il y avait beaucoup de journalistes aguerris sur le marché du travail. Mais j'ai été embauché comme adjoint législatif d'un député conservateur du nord de l'Ontario. Puis, j'ai ensuite été attaché de presse du président de la Chambre des communes, John Bosley, et directeur des communications de son successeur, John Fraser. »
Jim Watson a été élu conseiller municipal d'Ottawa en 1991 et réélu en 1994. Il a ensuite été maire de la capitale fédérale de 1997 à 2000. Et après sept années en politique provinciale au sein du Parti libéral de l'Ontario, il a été réélu maire d'Ottawa en 2010 et en 2014. Il a déjà annoncé son intention de se représenter à la mairie aux élections municipales de 2018.
APPUI AU PROJET DE LOI DES ROSIERS
Les francophones d'Ottawa le réclament depuis des mois, voire des années, mais Jim Watson est catégorique : c'est non au bilinguisme officiel pour la capitale du pays.
« Comme je dis toujours - et je sais que je sonne peut-être comme une vieille cassette - la Ville d'Ottawa est bilingue, laisse-t-il tomber. Nous avons une loi (un règlement municipal) qui dit que la ville est bilingue. Et je suis très fier qu'elle le soit. Parce que je crois que c'est important de respecter les deux langues officielles du pays.
«J'ai rencontré ce matin (jeudi) Nathalie Des Rosiers (députée provinciale d'Ottawa-Vanier) et je lui ai dit que j'appuie son projet de loi. Je suis d'accord avec son projet de loi et je l'appuie.»
La députée Des Rosiers a déposé le 31 mai dernier un projet de loi privé à Queen's Park pour enchâsser dans la Loi sur la Ville d'Ottawa le règlement municipal sur le bilinguisme et la politique de la Ville sur les services en français.
«Ce projet de loi de Mme Des Rosiers respecte notre palier de gouvernement et donne l'assurance à la communauté francophone que le bilinguisme est important, explique le maire Watson.
«C'est important que notre palier de gouvernement soit respecté sur cette question, poursuit-il. Ce n'est pas nécessaire d'avoir des directives d'un autre palier de gouvernement. Tout le monde pense que la province va protéger les francophones. Mais il s'agit du même palier de gouvernement qui a voulu fermer l'Hôpital Montfort. C'est le même palier de gouvernement qui a imposé le Règlement 17. Alors pourquoi pense-t-on que la province est le sauveur de la communauté francophone ? Je pense plutôt que les membres du conseil et moi sommes les plus efficaces pour assurer l'offre des services en français ici à Ottawa. Et avec le projet de loi de Mme Des Rosiers, ça donne maintenant à la communauté francophone l'assurance que la Ville d'Ottawa protégera leurs droit dans l'avenir, peu importe qui est maire», conclut M. Watson.
Reste à voir si le projet de loi privée de la députée d'Ottawa-Vanier sera adopté à l'automne ou s'il mourra au feuilleton...
*James Cross, un diplomate britannique au Canada, a été enlevé par des membres du Front de libération du Québec (FLQ) et séquestré pendant 59 jours à l'automne de 1970. Il s'agissait du premier enlèvement politique en Amérique du Nord.