Eugene Melnyk et Cyril Leeder, mardi.

De la visite rare

Dans un document d'une quarantaine de pages, dès la première lecture, il y a cette ligne qui vous saute aux yeux.
«À noter, seulement 302 des détenteurs de billets de saison des Sénateurs vivent au Québec.»
L'équipe du professeur Norm O'Reilly a effectué tout son travail à partir des données fournies durant la saison 2012-13. Durant cette saison, l'équipe comptait plus de 10000 abonnés au grand total.
C'est révélateur. Très révélateur, même.
Les chercheurs ont visité le marché gatinois à quelques reprises, s'installant dans des lieux publics pour faire remplir des questionnaires à des amateurs de hockey. Au total, 29% des répondants ont dit que leur club favori est celui qui porte du rouge, du noir et qui évolue de l'autre côté de la rivière. Là, il n'y a pas de surprise. Tous les sondages - scientifiques ou non - réalisés au cours des 15 dernières années disent à peu près la même chose. Entre 30 et 35% des partisans d'ici préfèrent le club de la capitale à celui de la métropole.
Environ 265000 personnes vivent à Gatineau. On peut donc conclure que les Sénateurs comptent entre 75000et 80000 fans dans la belle province.
Trois cent billets de saison vendus à 80000 fans, c'est peu.
Au bout du fil, le président des Sénateurs Cyril Leeder me corrige. «Les Canadiens ne sont pas tous amateurs de hockey, souligne-t-il. Selon nos estimations, nous comptons environ 40000 partisans au Québec.»
Je veux bien. Mais 300 abonnements vendus à 40000 personnes, ça ne m'impressionne pas davantage. Ça reste drôlement faible.
Au bout du fil, M. Leeder joue la carte du «ça va finir par s'améliorer». «Si je devais dresser le portrait de notre abonné type, je dirais qu'il est âgé dans la quarantaine. Il est bien nanti. Il possède souvent sa propre entreprise. Les fans québécois de notre équipe sont un peu plus jeunes. Ils ont grandi avec l'organisation dans les années 1990 ou 2000. Ils ont aujourd'hui 25 ou 30 ans. Ils viennent nous encourager régulièrement mais ils ne sont pas prêts à s'engager pour une saison entière.»
Il y a le facteur géographique, aussi. Les Sénateurs comptent plus d'abonnés à Kanata qu'à Orléans. Il faut s'armer de patience si on veut traverser la 417 d'est en ouest pour assister à un match de hockey en semaine. Faut être encore plus motivé pour s'imposer la traversée d'un pont inter-provincial avant de se lancer sur une autoroute.
Malgré tout, M. Leeder dit qu'il faut garder espoir. Que les Sénateurs peuvent faire mieux. Qu'ils vont finir par faire mieux. «On pourrait facilement doubler notre nombre d'abonnés en sol québécois dans les prochaines années. Ça ne me surprendrait même pas.»
«Nous allons continuer à développer des initiatives pour nous rapprocher de la clientèle de l'Outaouais, promet-il. Tiens, par exemple, nous allons nous entraîner à Gatineau cette semaine. Mardi matin. Au Vieux Bob.»
Je ne voudrais pas être cynique, M. Leeder. Une séance d'entraînement au Québec, devant des enfants venus d'une demi-douzaine d'écoles primaires, c'est très bien.
Je ne voudrais pas être cynique, mais il était temps.
Vous ne vous souvenez probablement pas de la dernière séance d'entraînement des Sénateurs à Guertin. Moi, si. C'était le 3 février 2003.
C'était ma toute première saison sur le beat. Je me souviens des quelques centaines de fans qui s'étaient déplacés pour assister à l'événement, même s'il avait été présenté un lundi soir sur l'heure du souper. Patrick Lalime avait été le grand héros de la soirée, lui qui rentrait tout juste de participer au Match des étoiles de la Ligue nationale de hockey.
Les jeunes qui seront au Vieux Bob demain ne se souviendront peut-être pas que Lalime a déjà été une vedette chez les Sénateurs. Pour plusieurs d'entre-eux, Lalime c'est un commentateur qui vient de quitter RDS pour se greffer à l'équipe de TVA Sports.
Encore une fois, bravo pour l'initiative. Je suis certain que les jeunes apprécieront leur journée.
C'est juste que... Quand j'essaie de me rapprocher de quelqu'un, je ne laisse pas 11 années s'écouler entre deux visites.