De la poudre aux yeux

Bon! C'est reparti!
Encore cette idée farfelue qui revient dans les nouvelles. Cette idée de désigner l'ancienne ville de Vanier comme quartier francophone.
Et cette fois-ci, c'est la Zone d'amélioration commerciale du Quartier Vanier (ZAC), une association de commerçants du secteur Vanier, qui tente de ressusciter cette idée qu'un peu tout le monde lance aux quatre vents depuis un certain temps.
C'est tout de même surprenant que ce soit cette association qui lance aujourd'hui cette initiative. Il y a à peine six mois, la directrice générale de l'époque à la ZAC, Suzanne Valiquet, avait déclaré au Droit que son association n'exige pas que ses commerçants membres offrent des services en français.
«Tout ce qu'on peut faire, avait-elle dit, c'est de promouvoir autant de langues que possible. Une forte proportion de commerçants du quartier est issue de l'immigration et ne parle pas le français».
Et le voilà le problème avec cette idée d'un quartier français sur le chemin Montréal: les trois quarts de ses commerçants - sinon plus - ne parlent pas un sapré mot de français.
Comment pouvez-vous avoir un «Quartier francophone» dans lequel les francophones ne peuvent pas être servis dans leur langue?
Vrai, il y a quelques commerces du chemin Montréal qui peuvent servir leur clientèle dans la langue de Molière. La pharmacie Jean Coutu la première.
Tous les employés de cette pharmacie sont francophones et, contrairement à d'autres Franco-Ontariens, ces employés s'adressent à leurs clients en français d'abord et avant tout.
(N'est-il pas frustrant d'entrer dans un commerce d'Ottawa et de vous faire servir en anglais par un employé francophone?)
Et il y a d'autres commerces du chemin Montréal qui embauchent des employés bilingues. Je pense par exemple à la station-service et dépanneur Ultramar, et le restaurant Bobby's Table.
Mais en général, ne perdez pas votre temps. Vous ne serez pas servi en français dans les pawn shop, au Kabul Food Market ou encore au Beer Store. Surtout pas au Beer Store.
Mais malgré ce fait, la ZAC veut tout de même désigner le chemin Montréal en tant que quartier francophone.
Pourquoi? Pour donner une identité au quartier pour attirer les visiteurs, apprend-on dans le texte de mon collègue Julien Paquette publié dans notre édition d'hier.
L'intention est bonne. Mais une fois qu'on aura attiré les clients francophones dans le «Quartier français», on fait quoi? On fait quoi si neuf personnes sur 10 qui y travaillent ne comprennent pas le français?
Iriez-vous, par exemple, visiter un quartier chinois si vous saviez que vous n'y trouveriez pas de commerces et de restaurants chinois, ni de gens qui parlent la langue? Bien sûr que non. Mais on vous expliquerait qu'on a désigné ce secteur «Quartier chinois» pour attirer les visiteurs. Voire pour les berner.
Mais la ZAC va plus loin dans son projet. Elle veut diviser Vanier en trois sections. Il y aurait un «village» sur la rue Beechwood. Donc, le «Beechwood Village». Le chemin Montréal serait le «Quartier français». Et le chemin McArthur serait pour sa part désigné «Avenue internationale».
Le «Beechwood Village», je peux le voir. Ce secteur est déjà un petit village en soi animé par les bien nantis du New Edinburgh et du quartier Rockcliffe.
Mais une «Avenue internationale» sur McArthur? Vraiment?
Qu'y a-t-il d'international dans un Loblaws, le McArthur Bowling, le centre de police communautaire de Vanier, un Dairy Queen et le restaurant qui prépare la meilleure pizza en ville, Louis' Pizza?
(D'accord, Louis' Pizza a un petit cachet international puisque les propriétaires sont... Libanais.)
C'est n'importe quoi, cette idée de la ZAC de Vanier. C'est bien sexy comme projet, mais c'est irréalisable.
Et c'est de la poudre aux yeux.
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On change de sujet...
Avez-vous répondu à notre question du jour sur le Web, ce week-end: «Doit-on interdire la cigarette dans les voitures?»
La question est un peu vague, faut-il admettre. Parle-t-on d'interdire la cigarette dans les voitures dans lesquelles un enfant prend place? Si c'est bien ça, ma réponse est oui.
Mais si on parle d'interdire la cigarette dans les voitures en général, ma réponse est non.
Comment un fumeur peut-il déranger autrui s'il se trouve seul dans SA voiture et qu'il décide d'en griller une? De quoi nous mêlerions-nous en lui disant d'écraser dans SA voiture? Il y a tout de même des limites dans la croisade antifumée, non?
Ceci dit, voici le résultat de ce «sondage»: sur 1167 participants (à 16h30 hier), 58% ont répondu oui, 42% ont répondu le contraire.
Donc, si je comprends bien, plus de la moitié des gens croient que personne ne devrait avoir le droit de fumer dans sa voiture, qu'il s'y trouve seul ou non.
Ça frôle l'acharnement, si vous me demandez mon avis.