Tutti Frutti. 05 d'André Préfontaine, qui invite les gens à composer une musique «végétale».

De la nourriture à l'art, Du coeur au ventre

Entre ludisme et lyrisme, l'exposition Du coeur au ventre, présentée à L'Imagier, propose trois regards sur le lien pouvant exister entre la nourriture et l'art.
À l'invitation de la commissaire Marianne Breton, trois artistes de la région, Andrée Préfontaine, Annie Thibault et Hugo Gaudet-Dion, offrent des installations bien différentes et explorent la matière par trois démarches distinctes.
Andrée Préfontaine
Par le biais de Tutti Frutti.05, Andrée Préfontaine invite les visiteurs à manipuler pois mange-tout, choux de Bruxelles, tomates cerise, petits poivrons et autres aliments sur une planche à découper lumineuse. Pendant que le résultat est projeté en direct sur le mur, un programme calcule la distance entre les éléments, capte les couleurs et les déplacements, pour faire résonner une trame sonore dans la salle d'exposition.
Au gré des modifications apportées au tableau, la musique change, faisant tantôt penser à du sang giclant dans des veines, tantôt à des borborygmes rappelant la digestion, pourrait-on croire. L'effet est à la fois surprenant et enveloppant, et l'on se prend à «jouer» des choux, tomates, poivrons et pois pour composer, décomposer et recomposer une trame sonore à chaque fois nouvelle.
«Andrée travaille beaucoup l'interactivité dans ses installations, fait valoir Marianne Breton. Cette fois, elle explore le lien entre la nature morte et le temps qui passe. En bougeant la matière, les gens transforment, créent et participent à l'éphémère de son oeuvre.»
Annie Thibault
Connue pour ses installations à saveur scientifique (incluant ses fameuses inoculations bactériennes), Annie Thibault persiste et signe, tout en renouant avec la cire, qu'elle a déjà travaillée à ses débuts, avec l'encaustique.
Qu'ils prennent la forme d'entonnoirs, voire d'organes internes (une pièce de verre ressemble au coeur, une autre, à un poumon, par exemple), ses délicates créations enduites de cire renvoient à cette idée de transformation des aliments, de filtration, de digestion. Y a-t-il un clin d'oeil à la flore intestinale? Toujours est-il que sa pièce composée d'une rose finement ciselée dans la cire s'avère du plus joli effet.
Annie Thibault aussi réfléchit à sa manière au temps qui passe, par son installation vidéo: ayant filmé l'évolution de ses inoculations bactériennes, elle en fait une projection à travers un bol de verre soufflé à l'allure d'estomac. Sur le mur, on a dès lors l'impression de voir des taches de sang se répandre dans une cage thoracique radiographiée.
Hugo Gaudet-Dion
De son côté, Hugo Gaudet-Dion s'intéresse à la notion d'excès.
Affalé dans son fauteuil, son personnage de fêtard continue à picoler avec plus ou moins de conviction. Là encore, les visiteurs sont sollicités: ils peuvent littéralement faire lever le coude à l'homme, grâce à un système de poulie reliant une corde qu'ils peuvent tirer à la bouteille que le mannequin tient à la main.
D'une «gorgée» à l'autre, la peinture noire vient éclabousser et ternir le personnage dont les vêtements étaient peints de couleurs vives, au départ.
«Hugo réfléchit ainsi à notre capacité d'autodestruction, souligne la commissaire de l'exposition. Son oeuvre marque également le glissement entre plaisir et dégoût.» Un sentiment exacerbé par la disposition de l'installation, dans une pièce exiguë qui force un tête à tête un brin troublant.
POUR Y ALLER OÙ? Centre d'exposition L'Imagier
QUAND? Jusqu'au 29juillet
RENSEIGNEMENTS? 819-684-1445, www.limagier.qc.ca
Plus de détails dans LeDroit du 23 juin 2012 ou sur ledroitsurmonordi.ca