Les artistes Diane Génier, François Chalifour et Paul Lacroix oeuvrent dans des démarches à la fois uniques et complémentaires.

De la grotte au temple, un espace-temps de recueillement

De la grotte au temple. L'exposition porte bien son titre : lorsque le visiteur met le pied dans la galerie Art-image de la Maison de la culture de Gatineau, il est projeté dans un autre espace-temps, quelque part entre les grottes de Lascaux et les premiers temples païens, tels ceux creusés dans la pierre à Petra, en Jordanie.
Des saisissantes fresques aux délicates empreintes de graphite laissées sur les murs, en passant par les carnets intimes de Diane Génier que l'on manipule avec des gants, tout renvoie à une « rencontre » aussi primitive que spirituelle.
Cette Leçon de dessin est mise en scène par Mme Génier, François Chalifour et Paul Lacroix.
Écho à trois voix
À trois, ils se sont fait écho, oeuvrant à l'instinct et dans des démarches à la fois uniques et complémentaires. Il ne faut pas s'étonner : M. Lacroix a été l'instructeur de dessin des deux premiers, à l'Université Laval de Québec. Réunis dans une même galerie, ils réfléchissent ensemble à la notion du temps, celui qui marque le corps (et qui devient parfois synonyme de maladie, de vieillissement, de fragilité) de même que celui qui laisse des traces, témoignant de notre passage sur Terre.
D'emblée, ce sont les grandes fresques aux traits dynamiques, presque sauvages, de François Chalifour qui captent l'oeil, de part et d'autre de la salle d'exposition. Sa Naissance d'Athéna bouillonne d'une énergie qu'on ressent dans une force brute qu'on devine pourtant maîtrisée.
Ensuite, on remarque des graffitis de graphite. Et on les imagine, lui et Diane Génier, en train de frotter la pointe de leurs crayons sur les murs, mus par le souci de non pas rendre compte mais plutôt d'évoquer une forme de mémoire encrée sur les parois.
Sur le muret mobile, les deux dessins de leur mentor Paul Lacroix renvoient par l'esprit à Lascaux. Sur celui de droite, il est même possible de voir la terre restée collée aux pieds qu'il y a tracés...
Les deux hommes donnent ainsi l'impression d'envelopper le travail très personnel de leur complice artistique.
Dans ses six grands carnets Moleskine, Mme Génier a laissé ses propres traces : d'encre, de suie, de fumée, de cire de chandelles. Invité à en tourner les pages, le visiteur plonge dans autant de journaux intimes où les coulées de cire et les flammes créent des effets translucides et des brûlures, telles des larmes et des cicatrices sur un corps subissant les assauts de la maladie ou du vieillissement.
Deux carnets de plus petites dimensions, dans lesquels elle a travaillé en collaboration avec François Chalifour, s'avèrent tout aussi criants de cette réalité du temps qui passe.
« Ce lieu est une ruine, a écrit ce dernier. C'est la ruine d'un long voyage initiatique, comme la trace d'un souvenir qui s'effrite, qui se dissout de la surface du papier alors même que les doigts cherchent à recréer l'image, l'apparition des révélations de beautés et de connaissances qui en ont jalonné les étapes. »
De la grotte au temple devient alors un étonnant lieu de contemplation et de recueillement.