Les Sénateurs n'ont pas encore développé les réflexes pour gagner les francophones de la région à leur cause.

De la grande visite au «vieux Bob»

À leurs débuts dans la capitale, c'est à l'aréna Robert-Guertin que les Sénateurs d'Ottawa avaient tenu leur première activité sur glace en 1992, un camp de recrues.
Au fil des ans, ils y étaient revenus à plusieurs occasions, incluant pour quelques tournois réservés à leurs espoirs. Mais au cours de la dernière décennie, plus rien. Leur dernière visite remontait à février 2003!
C'était comme s'ils avaient lancé la serviette et concédé que le territoire de l'Outaouais était occupé par les partisans du Canadien, un peu comme les gradins du Centre Canadian Tire lorsqu'ils affrontent les «Glorieux».
La récente étude sur les retombées économiques générées par le club de la LNH dans la région a révélé qu'à peine 3% (302) des abonnements saisonniers vendus par l'équipe l'ont été en Outaouais. Il était donc un peu surprenant de voir à quel point les plus de 1000 jeunes qui ont pris place dans les gradins du «vieux Bob» lors de l'entraînement d'hier étaient bruyants.
Partisans bruyants
J'en ai vu autant portant des chandails ou des casquettes du Canadien que des Sénateurs, mais les jeunes des écoles Saint-Rédempteur, de l'Escalade, Mgr Charbonneau, aux Quatre-Vents, des Deux Ruisseaux et la Greater Gatineau Elementary School - surtout ces derniers - se sont époumonés comme il faut à encourager les joueurs alors qu'ils faisaient leurs exercices routiniers. Et ils hurlaient littéralement quand la mascotte Spartacat passait dans leur coin. «J'aurais aimé avoir cette chance-là de voir un club de la LNH quand j'étais à l'école primaire. En plus, ils avaient l'occasion de manquer un peu d'école», a blagué le défenseur franco-ontarien Marc Méthot.
«C'était fantastique de voir combien de jeunes se sont présentés (hier), soulignait pour sa part le dg Bryan Murray. De notre côté, ça fait partie de nos obligations de montrer nos joueurs dans différents secteurs, que ce soit une fois ou deux par saison. Essayer de gagner des partisans de ce côté-ci de la rivière, je pense que c'est très important. On en a certains, mais on doit faire un meilleur travail sur une base quotidienne pour en avoir plus.»
Vingt-deux ans plus tard, les Sénateurs n'ont pas encore développé tous les réflexes nécessaires pour gagner les francophones de la région à leur cause. Une visite au Centre Canadian Tire de Kanata, où la langue de Molière est plus ou moins respectée quand elle n'est pas ignorée, en est la preuve. Je vous en ai déjà parlé trop souvent.
Malgré cela, les Sénateurs ont leurs grands partisans en Outaouais. Accompagnant les jeunes de l'école Saint-Rédempteur, Jean-Éric Lacroix, qui est le directeur des ressources humaines à la Commission scolaire des Portages, portait fièrement son chandail de l'équipe avec le nom et le numéro19 du capitaine Jason Spezza dans le dos.
«On a plusieurs écoles qui sont inscrites à leurs programmes scolaires, il y a des activités de lecture par exemple. Comme ancien directeur d'école, je faisais la promotion des Sénateurs dans mes écoles. De les voir ici, ça vient donner un bon appui à mes démarches pour trouver des nouveaux partisans. Dans les écoles, c'est pas mal moitié-moitié (Sénateurs et Canadien), alors que plus tu vas vers Aylmer, plus il y de partisans des Sénateurs. Mais ça s'en vient et plus il y aura d'activités comme celle-ci, plus ça va juste aider», me confiait Lacroix.
MacLean se souvient...
Ce passage sur la rue Carillon a certes rappelé de bons souvenirs à l'entraîneur-chef Paul MacLean, qui avait joué pour les Olympiques de Hull en 1977-1978, alors qu'il avait 19 ans.
«C'était amusant de revenir à un endroit où je suis passé quand j'étais jeune. C'est encore une bonne vieille 'grange' et la glace était belle. Elle me semblait meilleure dans mon temps, mais peut-être qu'elle glisse moins à cause du poids de mes 55 ans», a-t-il blagué.
...Phillips voudrait oublier
Les souvenirs de Chris Phillips étaient moins bons, lui qui avait perdu la finale de la coupe Memorial contre les Olympiques en 1997, alors qu'il jouait pour les Hurricanes de Lethbridge. «Je préfère me souvenir de notre retour contre eux lors du tournoi à la ronde, on perdait 6-1 en troisième et on avait gagné en prolongation (7-6). C'était il y a longtemps, mais il me semble parfois que c'était hier», racontait-il.
Phillips se souvenait d'avoir pris part à d'autres entraînements à l'aréna Guertin après son arrivée dans la capitale. Reste à espérer que celle d'hier n'était pas la dernière, avant que le vénérable amphithéâtre ne soit rasé après la construction du complexe multidisciplinaire voisin, au cours des deux prochaines années.