Richard Bégin.

Dans les plans de Richard Bégin

Maintenant qu'il a été nommé à la présidence du puissant comité consultatif d'urbanisme (CCU), Richard Bégin aura son mot à dire sur tous les projets de développements immobiliers à Gatineau. Or dans une ville où les promoteurs sont réputés avoir la main haute sur l'administration municipale, le nouveau conseiller arrive avec un bagage de convictions qui risque, à tout le moins, de déranger.
Rien que pour vous donner une idée, lorsqu'on s'est rencontré au restaurant Dinty sur le chemin Aylmer, j'ai pointé du doigt un nouveau projet résidentiel de l'autre côté de la rue. Un autre de ces projets où toutes les habitations se ressemblent avec le même revêtement beige insipide, le même arbre malingre planté en façade. Un quartier où le livreur de pizza a toutes les chances de se tromper de porte, un soir de brouillard. Est-ce que c'est le genre de développement qui correspond à votre vision, M. Bégin?
«C'est effrayant», a-t-il dit en esquissant une grimace.
Élu sous la bannière d'Action Gatineau, Richard Bégin rêve de quartiers moins bruyants, de réduire les îlots de chaleur, de mieux planifier la croissance fulgurante de Gatineau. Il veut des quartiers verts, avec beaucoup d'arbres. Des quartiers plus denses aussi, à commencer par l'Île de Hull. Il rêve d'une ville qui ressemble un peu plus, finalement, à l'ex-ville d'Aylmer où il habite et oeuvre depuis des années.
«Ce que je veux, c'est que les citoyens soient heureux d'habiter dans leur quartier, dans leur ville, et qu'ils aient une fierté. Je pense qu'il y a des étapes à franchir pour y arriver. Et ce n'est pas en alignant des maisons à perte de vue, sans verdure, avec des rues qui ont 15-20 mètres de large, toutes asphaltées, qu'on va y parvenir», laisse tomber le nouveau conseiller du district de Deschênes.
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Avant de se faire élire conseiller municipal à Gatineau, Richard Bégin a été une sorte d'homme-orchestre dans le secteur Aylmer. Grand défenseur du patrimoine, il a aussi présidé la chambre de commerce locale (APICA). Ces dernières années, il s'est impliqué de près dans le projet de sauvegarde de l'église Saint-Paul ce qui lui a valu d'être à couteaux tirés avec l'ancienne administration du maire Marc Bureau.
Maintenant qu'il constitue l'un des piliers de l'administration du maire Pedneaud-Jobin, il a bien l'intention de mettre de l'avant les valeurs qu'il défend depuis des années. Quitte à heurter de front une partie du monde de l'immobilier qui est habitué à certaines façons de faire.
J'ai posé la question directement à M. Bégin. Est-ce que les promoteurs ont des raisons de vous craindre? Il a pris le temps de réfléchir avant de répondre.
«C'est certain que je n'ai pas été nommé là par hasard, dit-il. Et c'est clair que certains promoteurs ont peut-être abusé du système dans les dernières années (...) Alors c'est sûr que, compte tenu de mes valeurs, oui, il y a des promoteurs qui doivent me craindre. Oui, il y a peut-être certains urbanistes qui doivent me craindre. Mais je ne suis pas quelqu'un de confrontation. Je préfère fonctionner sur une base consensuelle même s'il y a des principes sur lesquels je ne suis pas prêt à plier.»
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Chose certaine, des quartiers comme le Plateau de la capitale, qui chevauche les secteurs Hull et Aylmer, sont des aberrations, des erreurs à ne pas répéter aux yeux de Richard Bégin.
Au lieu de concentrer la croissance démographique fulgurante des dernières années dans le Plateau, Gatineau aurait dû opter, dès le départ, pour la densification de son centre-ville. «On a choisi la solution la plus facile. On a pris les terrains les plus au nord, plus ou moins monopolisés par les Investissements Gamelin et le groupe qui tournait autour de Marcel Beaudry. Ça a été la solution de facilité et à partir de la fusion municipale, on y a été au galop sans penser aux répercussions de cela. Et là, on est en train de créer une ville périphérique qui va exiger de plus en plus de services», déplore-t-il.
M. Bégin ne se fait guère d'illusions. Il devra sans doute se résigner à vivre avec les erreurs du passé. «C'est très difficile de revenir en arrière, concède-t-il. Mais il y a des projets actuellement dans le collimateur qui vont nous amener à élaborer une vision différente des centres commerciaux, par exemple. Mais pour ceux qui existent déjà, ça va être difficile. On pense au Plateau par exemple. C'est affreux la façon dont ça s'est développé ce secteur-là. C'est un immense stationnement qui contribue au réchauffement. Quand on passe de Gatineau à la Petite-Nation, on se retrouve avec une différence de 5 à 10 degrés Celsius. Ça ne tient pas du hasard. C'est parce qu'on a fait quelque chose dans le développement des villes qui fait en sorte qu'il y a un réchauffement.»
Mais bon, pour imposer sa vision des choses, M. Bégin n'aura pas la partie facile. Son parti est minoritaire tant au conseil municipal qu'au CCU.
À la fin de l'entrevue, j'ai pointé du doigt les façades beiges de l'autre côté de la rue. Si on vous présente un projet comme celui-là, M. Bégin, allez-vous voter contre? «C'est certain que je vais m'y opposer, assure-t-il. Mais est-ce que je vais gagner? Ça, c'est autre chose...»