Le réalisateur Bertrand Tavernier a pris soin de préserver « la liberté de ton, ce côté \"chronique\"», très important dans la bédé.

Dans le chaos diplomatique de Quai d'Orsay

Le réalisateur français Bertrand Tavernier se souvient d'« un choc » en lisant la bédé Quai d'Orsay, qu'un ami lui a offert dès sa parution. « Je l'ai trouvée absolument formidable, et j'ai immédiatement réagi : deux jours plus tard, on a demandé les droits d'adaptation à Dargaud, et la semaine suivante je rencontrais les auteurs » de ces « chroniques diplomatiques ».
Le dessinateur Christophe Blain et le scénariste Abel Lanzac - pseudonyme d'Antonin Beaudry, qui raconte ses premiers pas dans les couloirs du ministère des Affaires étrangères - sont ainsi devenus les coscénaristes du film de M. Tavernier. Quai d'Orsay sort le 14 mars au Québec. Il met en vedette Thierry Lhermitte dans la peau du ministre Taillard de Vorms, Niels Arestrup (Un prophète), récompensé par un César pour son rôle, et Raphaël Personnaz (Marius).
« Dans tous mes films, ce qui compte le plus ce sont les personnages ; l'intrigue passe au second plan », estime Bertrand Tavernier (La vie et rien d'autre). Or, « dans cette bédé, il y a une galerie de personnages formidables, très riches en couleurs : le ministre [inspiré de Dominique De Villepin], le jeune Vlaminck [mandaté pour rédiger des discours], le chef de cabinet Maupas, et chacun des conseillers, d'une grande cocasserie et d'une très grande justesse en même temps. »
Mais là où l'oeuvre originale offre une succession de saynètes, « il a fallu trouver un fil rouge » et « structurer différemment » l'adaptation, dit-il : « l'ordre des scènes n'est pas du tout le même car il fallait donner le sentiment d'une progression » jusqu'à la prononciation d'un discours mémorable - et authentique - à l'ONU. Le danger d'une guerre imminente a servi de leitmotiv assurant la « continuité dramatique ».
Le film est donc un « cheminement » depuis « l'entrée de ce jeune homme dans un milieu qu'il ne connaît pas, qui paraît complètement fou, qu'il découvre et qu'il fait découvrir au public » jusqu'à ce « discours formidable », pourtant conçu « à travers le chaos ».
Bertrand Tavernier a pris soin de préserver « la liberté de ton, ce côté "chronique" qui est très important dans la bédé - et qu'on retrouve dans beaucoup de mes films - Que la fête commence, L.627, ou Ça commence aujourd'hui, dans une veine plus dramatique, où il n'y a pas un thème unique, mais où l'on raconte plusieurs histoires en même temps. La bédé présentait cette sorte de luxuriance dramaturgique ».
« On a tourné 11 jours au Quai d'Orsay même, puis à l'ONU », moins pour assouvir « la fibre documentariste » de M. Tavernier, mais parce que les lieux « font partie de la force dramaturgique du récit ». « L'arrivée d'Arthur Vlaminck dans les salons, c'est une séquence qui doit marquer [le spectateur], parce qu'elle a marqué le personnage. Le ministère est un décor incroyable, unique. Des salles Napolépon III luxueuses, aux plafonds et lustres [sans équivalent] ! Si je n'avais pas eu l'autorisation, j'aurais été bien emmerdé... »