Dans la boue jusqu'aux chevilles

La commission Charbonneau n'a pas encore abordé le financement des partis politiques et l'octroi des contrats gouvernementaux, mais peu importe ! Les parlementaires sont déjà dans la boue jusqu'aux chevilles sur les questions d'intégrité, et ce n'est qu'un début. Imaginez ce qui nous attend en campagne électorale... on en aura jusqu'au cou !
Dans le passé, on avait l'habitude de voir l'opposition donner à un rat pack, un petit groupe de députés baveux, le mandat de mener ces batailles de ruelles. Cette fois, les coups viennent de tous les côtés. Du côté gouvernemental, c'est Stéphane Bédard, qui incite pourtant les autres au respect, qui lance de la boue. Jeudi, il s'est rendu jusqu'aux liens entre Philippe Couillard et Arthur Porter, après avoir évoqué le scandale des garderies avec Tony Tomassi, les contributions à la Fondation Borsellino, et j'en passe.
Du coté libéral, c'est Lise Thériault qui a sonné la charge avec Claude Blanchet pour cible. Dans un point de presse après la période de questions, elle a laissé entendre que l'investissement de 3 millions $ du Fonds de solidarité dans BLF, l'entreprise du conjoint de Pauline Marois, ne visait qu'à procurer un emploi au fils de la première ministre.
La Coalition avenir Québec a également ciblé l'aide du Fonds de solidarité à BLF. Son député Stéphane Le Bouyonnec a fait valoir qu'il s'agissait d'un mauvais investissement pour les contribuables, qui n'a profité qu'à Claude Blanchet. Ces attaques frontales, qui visent en fait Pauline Marois, soulèvent l'ire des péquistes. Le bureau de Nicolas Marceau a fait savoir au caquiste Christian Dubé qu'il n'aurait pas la collaboration du gouvernement tant que son parti continuera de « bûcher » sur le dossier Marois-Blanchet. Ce n'était pas très élégant, mais c'est révélateur de l'atmosphère nauséabonde qui prévaut actuellement à Québec.
Contrairement à Philippe Couillard, qui continue d'éviter les attaques personnelles, François Legault n'hésite pas à se lancer dans la mêlée. Jeudi, il a tenté un rapprochement entre le financement du Parti québécois, de la campagne au leadership de Pauline Marois, et le scandale des pots de vin versés au syndicaliste Gérard Cyr, dévoilé à la commission Charbonneau. C'était tiré par les cheveux, mais M. Legault n'a rien à perdre. Il sait qu'il n'a aucun espoir de sauver son parti si la prochaine campagne électorale porte sur la charte de la laïcité. Il ne fera pas de quartiers.
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Tous les projecteurs étaient braqués sur Philippe Couillard cette semaine : on attendait son entrée au Salon bleu. Il n'a pas déçu, et on a bien senti qu'il avait mis beaucoup de travail, autant sur la forme que sur le contenu. Des questions claires et précises, visant à obtenir le dépôt d'un budget avant les élections.
Pauline Marois était bien préparée et très combative. Mais le chef libéral a démontré qu'il avait un bon sens de la répartie et qu'il saura faire bonne figure dans le débat des chefs, pendant la campagne électorale. Un bémol cependant : les libéraux ne peuvent se permettre des erreurs de parcours comme celle de Fatima Houda-Pépin, ou des bourdes comme celle de Henri-François Gautrin.
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Ce n'est pas parce que le gouvernement Marois a dénoncé le budget fédéral que l'on doit fermer les yeux sur les bonnes nouvelles. Or il y en a au moins une dans ce budget, et ce n'est pas banal : le gouvernement Harper se dirige vers le retour à l'équilibre budgétaire. Il ne le fait pas en sabrant dans les transferts aux provinces, mais en coupant dans ses dépenses.
Québec aussi aimerait retrouver l'équilibre budgétaire plus rapidement. Mais si le gouvernement fédéral recommence à faire des surplus, les contribuables en profiteront, et il sera plus facile aux provinces de réclamer leur part du gâteau des surplus.