Laurent Guardo et Daniel Lavoie.

Daniel Lavoie hors des modes et hors du temps

Sur la pochette, il y a le mot « Licorne ». Il y a aussi le nom de Daniel Lavoie. Mais on serait « complètement dans les patates » d'acquérir ce disque en le prenant pour la suite des deux Bébé dragon.
La Licorne captive est une ambitieuse potion musicale signée Laurent Guardo. Elle s'inspire de la musique ancienne pour faire flotter, de façon contemporaine, de vieilles légendes peuplées de personnages étranges (licornes et sirènes), sanguinaires (minotaure) voire inquiétants (diables et autres squelettes-paladins pendus au gibet noir d'Arthur Rimbaud) avec une « approche poétique ». Elle est donc « tout sauf un disque pour les enfants », pouffe de rire le Franco-Manitobain, au téléphone.
« C'est un projet étonnant et inclassable, qui, à mon grand bonheur, sort complètement des modes, défie le temps, et qui semble plaire autant aux jeunes qu'aux vieux », explique Daniel Lavoie.
Ce disque « jouissif » et « audiophile », « même mon fils, qui a 22 ans, qui écoute du rock progressif depuis toujours et s'intéresse peu à la musique francophone, m'a dit: "Je le veux." Et la fille de Laurent a mis toutes les chansons sur son iPod, et les partage avec ses copines. On a peut-être frappé un public plus large que ce qu'on pensait. Exploration de sonorités d'influence ancienne », La Licorne captive n'est pas de la musique baroque, même si elle repose sur de nombreux instruments de la renaissance. 
« Les sons, le côté très organique, très bois des violes de gambe peut donner une impression un peu médiévale », tout comme le fait que les chansons, par leurs thèmes et leur forme, « renvoient aux contes et légendes de l'époque. Mais c'est une facture très moderne, avec des harmonies beaucoup plus contemporaines - et plus jazz - que médiévales.
Le compositeur montréalais Laurent Guardo a travaillé sur ce projet pendant 10 ans, « montant tranquillement les pièces une par une, avec le but d'en faire quelque chose, mais sans trop savoir lui-même où il s'en allait avec ça ».
« Il m'a contacté il y a quatre ans, pour me dire qu'il avait entendu ma voix sur ses musiques. Il trouvait que mon timbre de voix et mon interprétation correspondaient à ce qu'il voulait », retrace Daniel Lavoie. 
« J'étais très intrigué, car je suis fasciné par la viole de gambe depuis que j'ai découvert le merveilleux disque Tous les matins du monde avec Marin Marais, qui m'a amené à Purcell. »
« J'ai écouté ; j'ai trouvé ça franchement intéressant, et hors de l'ordinaire, alors j'ai essayé. Ç'a été très agréable ; j'ai beaucoup aimé le monde dans lequel il me plongeait. On en a donc fait deux, puis quatre, puis six... puis on s'est retrouvé avec un album complet».
« On a travaillé beaucoup, car c'est une musique très exigeante pour le chanteur. On a peaufiné et arrangé tout ça, car seules les violes (de gambe ; d'amour) et le grand luth (archiluth) étaient enregistrés quand je suis arrivé dans le projet. Je trouvais que ça manquait un peu de définition, alors j'ai proposé à Laurent qu'on rajoute ici et là des percussions, une guitare acoustique, instrument prédestiné, ou même un solo de guitare électrique.»