N'hésitant pas à utiliser les codes associés à la musique populaire, Collectif9 démocratise le classique.

Collectif9: démocratiser le classique

Que la musique classique devienne plus accessible à tous: tel semble être le mot d'ordre qui prévaut chez collectif9, formation de neuf musiciens établis à Montréal qui préfèrent de loin l'appellation de «groupe» à celui, plus sérieux, d'«ensemble à cordes».
Leur concept? «Jouer de la musique classique en la présentant différemment et en utilisant les codes associés à la musique populaire.» Ainsi parle Thibault Bertin-Maghit, contrebassiste, arrangeur et fondateur de ce collectif fondé il y a trois ans autour d'une idée simple: interpréter de courtes pièces en réarrangeant la partition pour en faire ressortir les mélodies et les rythmes folkloriques.
En d'autres termes, l'idée était de rendre le classique accessible à un public non initié qui craindrait la longueur d'un concert habituel ou rebuté par son côté guindé.
Béotiens et initiés qui s'attendraient à assister au concert de deux ou trois pièces classiques en une soirée seront surpris de découvrir le traitement qu'en livre collectif9. «Nous sélectionnons des mouvements de quelques minutes seulement, cela permet d'en interpréter davantage et d'avoir un programme plus dynamique», explique Thibault Bertin-Maghit.
Comme un concert rock
Chaque spectacle se construit par l'agencement de courts extraits d'oeuvres arrangés pour neuf musiciens. Chaque mouvement bénéficie d'une introduction explicative pour faire comprendre la composition et tout le travail du compositeur au public.
Le groupe encourage d'ailleurs les spectateurs à applaudir entre les mouvements, réaction plutôt mal perçue en concert classique régulier. «Le défi reste toujours de décoincer la public, de faire en sorte qu'il se sente à l'aise d'interagir.»
Mais attention, on ne sacrifie rien de la qualité. En concert gratuit demain après-midi, sur le parvis du Musée des beaux-arts du Canada, collectif9 prévoit d'interpréter sur des instruments amplifiés Brahms, Bartók ou encore Piazzolla. Le soir à 22h, en prestation payante au Centre pour les arts Sainte-Brigitte, on découvrira un patch­work musical tissé des partitions de Hindemith (1895-1963), aussi bien que de Geof Holbrook, jeune compositeur canadien né en 1978.
«On ne dénature pas l'essence de la musique: on l'ajuste, on la transforme», fait valoir le musicien dont la carrière instrumentale allie rock indépendant, heavy metal, musique baroque, contemporaine, de chambre et d'orchestre.
Selon la philosophie inclusive du collectif, il n'y a aucune hiérarchie entre les membres, sur scène: violonistes et altistes changent volontiers de pupitre, donnant tour à tour à chacun l'occasion de s'exprimer différemment. Et tous jouent debout, sans partition; «une façon d'instaurer une distance avec la musique écrite et de rendre notre prestation plus vivante sur scène».
Le concept original de collectif9 reflète bien les préoccupations actuelles d'un secteur musical soucieux de se réinventer: «notre projet cadre parfaitement avec la volonté des programmateurs de musique classique de rejoindre de nouveaux publics, fait remarquer Thibault Bertin-Maghit. Pour ça, notre musique intéresse. Après, ce qu'en pensent les puristes...»