Chronique pessimiste

C'est inquiétant et décourageant. Jour après jour, les rapports d'experts se multiplient pour confirmer le réchauffement climatique causé par les gaz à effet de serre (GES).
Lundi, un rapport de l'Agence américaine océanique et atmosphérique révélait que la planète avait atteint, en juin, une moyenne de 0,72 degrés Celsius au-dessus de la moyenne du xxe siècle pour cette période de l'année. Les expertises de plusieurs agences internationales constatent une hausse de la température à la surface des océans, ainsi qu'une hausse du niveau des mers.
On parle maintenant d'une « double facturation » devant ce phénomène : si la communauté internationale avait agi dès le départ pour réduire les GES, elle aurait dû assumer des frais importants. C'était la première facture. Mais comme elle ne l'a pas fait, il lui faudra non seulement engager un jour des sommes astronomiques pour réduire les GES, mais assumer en plus les coûts associés aux dégâts qui nous attendent. C'est la deuxième facture.
La hausse du niveau des océans, par exemple, menace une centaine de villes côtières de plus d'un million d'habitants. Et que dire des désastres naturels occasionnés par la multiplication des ouragans
Loin d'une mobilisation
On devrait assister à une véritable mobilisation internationale devant de telles perspectives. On pourrait penser également que les pays se lanceront dans une course effrénée pour trouver des alternatives à l'utilisation des hydrocarbures, d'autant plus qu'il s'agit là de ressources non renouvelables. Mais non. Au cours de la première crise de l'énergie, au début des années 1980, les experts nous annonçaient la fin des réserves mondiales de pétrole dans un avenir rapproché. Mais la soif des sociétés industrielles nous a fait découvrir, depuis, des quantités énormes de réserves fossiles. L'exploitation des sables bitumineux en est un exemple. Et voilà que la découverte de méthodes de fracturation nous donne accès à une nouvelle ressource, celle des gaz de schiste.
Le Devoir nous apprenait la semaine dernière, que l'Argentine s'était lancée dans une vaste opération pour attirer les gros joueurs de l'industrie pour l'exploitation de ses énormes réserves de gaz à Vaca Muerta, ce qui la placerait au deuxième rang mondial, après la Chine. Jeudi, le Globe and Mail révélait que le Mexique se préparait à légiférer pour ouvrir ses énormes ressources de gaz de schiste et de pétrole aux investisseurs étrangers. Aux États-Unis, l'exploitation de ces gaz a chambardé les marchés, à un point tel que la demande pour les ressources hydroélectriques du Québec a cessé de croître.
Bref, contrairement à ce qu'on aurait pu croire au début des années 1980, on n'en finit plus de trouver des ressources gazières et pétrolières et de produire des gaz à effet de serre.
Le rendez-vous de 2015
En 2015, la communauté internationale se réunira à Paris pour tenter à nouveau d'adopter un accord efficace contre les changements climatiques, un accord qui entrerait en vigueur en 2020. Parions que le Canada ne sera pas du nombre des militants qui réclameront des mesures vraiment contraignantes
Mercredi, une dépêche de l'AFP en provenance justement de Paris, révélait que les énergies renouvelables devraient représenter 60 % de la production européenne d'électricité en 2030, contre 40 % en 2012. La production électrique à partir du charbon ou du gaz devrait passer de 48 % à 27 %. Il y a, ici et là, des signes d'espoir dans le sens des efforts de réduction des GES. Mais ce sont des gouttes d'eau dans un océan de gaz et de pétrole.
Comme je vous l'ai dit au départ, il s'agissait là d'une chronique pessimiste.
S'cusez-là.