Charlebois jeune et déjanté

En feu, Robert Charlebois? À s'en brûler la crinière! À le voir courir, bondir et vociférer, tel un lutin en transe, d'un bout à l'autre de la salle Southam du Centre national des arts, vendredi, impossible de deviner que Garou, 1er du nom, aura 70 ans dans quelques mois.
Disparues, on ne sait trop où, les années. Parties en fumée. Peut-être Entre deux joints, chanson balancée vendredi dans la frénésie, entre cul botté et becs énergiques. Absorbées, sans doute, dans l'énergie de ses invités, ces «copains» jeunes de corps (Steve Dumas, Ingrid Saint-Pierre, à qui Charlebois fait régulièrement appel pour assurer ses premières parties) ou de coeur (Louise Forestier). Noyées dans une fontaine de jouvence et de riffs extatiques servie par les neuf musiciens - dont trois cuivres fringants et un violoneux podorythmeur, Tommy Gauthier - qui l'accompagnent sur cette tournée célébrant 50 ans de folie scénique.
Le grand frisotté a élaboré au galop le pacing (l'allure) de ce spectacle-anniversaire, mais c'est le public qui, par vote électronique, avait préalablement choisi les morceaux joués, parmi un échantillon de 50 chansons représentatif de l'oeuvre quinquagénaire.
Ç'a commencé en party de cuisine. Mais un trad' endiablé, enfirouapé, funkifié, neworléanisé, alors que le tout puissant Charlebois, légèrement JamesBrownifié, jamais statique, parce qu'en d'dans ça m'démange, allait prestement tornader au Colorado avec sa Dolorès.
On a ressuscité la période psychédélique: cosmonaute, le chanteur plane tandis que de grands anneaux sertis de projecteurs l'inondent d'une lumière cosmique. On a aussi eu droit aux colorations plus latines, festives, de son répertoire. À du rock exalté pour accueillir Dumas, Saint-Pierre et CPR Blues. Et on a revisité nombres d'indémodables, de Fu Man Chu à Conception en passant par Les ailes d'un ange. Sur ce pied-de-nez à Ottawa, où ça ferme un p'tit peu trop tôt, Charlebois, qui ne devait pas toucher aux instruments, ne résistant plus à son envie, s'est emparé de la six-cordes de son comparse. «J'ai joué sur des guitares de toutes sortes de couleurs, mais jamais sur une rose», a-t-il justifié.
Moments forts
L'un des moments forts de sa prestation est censé venir en même temps que s'élève de la foule une Mme Bertrand improvisée, qui vient entonner Coeur en chômage en duo avec Charlebois. «Ce soir, j'ai la plus cute des Mme Bertrand avec moi», il a dit.
Surprise: c'est Mademoiselle Saint-Pierre qui s'y est collée, vendredi. Faute de candidate sérieuse dans la région? On n'a rien à reprocher (ni le chanteur, qui a avoué se sentir rajeunir) à l'interprète, charmante et rigolote dans le rôle...
Il ne manque pourtant visiblement pas de fans, par ici.
Il n'a pas eu à brailler J'veux d'l'amour pour en obtenir. La foule, pas aussi euphorique que lui, a témoigné e son enthousiasme en se levant pour danser, en deuxième partie, accompagnant vocalement Les talons hauts ou participant à la séance d'aérobic de J't'aime comme un fou.
On a particulièrement apprécié le passage de Louise Forestier, venue l'accompagner, mais aussi planer, glousser, rager et claquer des mains, sur California et Lindberg. Déjantés! Le duo a du milage et ça paraît. Une leçon de déconnade complice et sentie.
En finale, Je reviendrai à Montréal est venue à point faire tomber un peu la pression. Ordinaire, ensuite, a été entamée dans la même bulle de douceur, mais la montée en puissance qu'elle allait suivre allait relancer les hostilités, juste à temps pour les rappels.