Carrefour franco

Cette semaine, la Ville de Gatineau est à la fois carrefour, lieu de célébration et rendez-vous en accueillant les Jeux de la francophonie canadienne sous l'égide de la Fédération de la jeunesse canadienne-française.
Il faut éviter de mesurer l'importance et les retombées d'un tel événement en dollars, en nombre de participants ou en performances athlétiques. Ce n'est nullement le but. Ces rendez-vous à caractère sportif et artistique peuvent changer des vies en permettant à des jeunes francophones d'un océan à l'autre, et à l'autre, de se rencontrer, d'échanger, de participer et de fraterniser. En effet, la mission première de ces Jeux est de « favoriser les rapprochements, créer ou resserrer les liens, sensibiliser les jeunes aux autres réalités du pays »... «PAR et POUR des jeunes. »
Il y a également un volet « leadership » dont l'importance se mesure à la fois sur place, lors des diverses compétitions, mais surtout au retour à la maison grâce à « l'acquisition et la mise en pratique de connaissances et d'expertises qui serviront à l'épanouissement des individus, des communautés et des partenaires participants. »
Combien de véritables vocations de leader se sont découvertes et forgées lors de tels événements ? Il suffit parfois d'une rencontre pour que naissent une passion et un engagement durables au service des siens. Les Jeux de la francophonie constituent, sans l'ombre d'un doute, une occasion privilégiée de telles rencontres qui ouvrent les yeux sur la réalité que vivent d'autres jeunes francophones dans leurs communautés, quels sont les défis qu'ils doivent relever et comment ils vivent leur engagement personnel face à des obstacles difficilement surmontables à leur éducation et à leur formation en français.
Les Jeux de la francophonie 2014 sont également un événement important pour Gatineau et le rôle qu'elle pourrait jouer au service de la francophonie canadienne. N'oublions pas que les Jeux rassemblent des jeunes de toutes les provinces et territoires incluant le Québec. Le président du comité organisateur, Benoît Pelletier, était la personne idéale pour assumer cette responsabilité car, plus que tout autre politicien québécois, il a contribué à tisser des liens entre le Québec et les communautés francophones lorsqu'il était ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes dans le cabinet de Jean Charest.
C'est grâce à des personnes de la trempe de Benoît Pelletier que Gatineau peut assumer son rôle de carrefour de la francophonie canadienne incluant le Québec. S'il existe deux grandes solitudes linguistiques et culturelles au pays, il en existe encore, bien qu'à un moindre degré, entre les communautés francophones et le Québec. Cela s'est accentué dans les années 60 avec la dissolution de l'Ordre de Jacques-Cartier, la Patente, et les États généraux du Canada français. Par sa position stratégique au coeur de la capitale nationale au confluent des cultures et grâce à des personnes de l'envergure de Benoît Pelletier, Gatineau est fort bien placée pour assumer un rôle de rassembleur et de catalyseur de la francophonie canadienne, inclusive de toutes ses communautés.
Les menaces réelles à l'usage, au maintien et à l'épanouissement de la langue et de la culture française au pays ne disparaîtront pas pour autant. Il faut en être conscient et ne jamais lever la garde. Autant Gatineau a besoin des ponts qui la relient à sa voisine d'en face, autant elle peut servir de pont entre les communautés francophones du pays et le Québec. Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin l'a bien exprimé lors de la cérémonie d'ouverture en déclarant : « Nous sommes ici pour créer des liens entre les francophones du Canada pour que notre solidarité permette au monde de continuer à s'enrichir grâce à notre originalité, notre différence, notre langue. » En dépit du malhabile, voir obligé, « You make us so proud » de la ministre du Patrimoine, Shelley Glover, la fierté légitime des jeunes qui participent aux Jeux de la francophonie canadienne tient bien davantage à cette « langue belle » qui les rassemble cette semaine à Gatineau, carrefour de la francophonie canadienne.