Love Projet, de Carole Laure, a coûté 2,4 millions et rapporté 8603 $ au box-office. C'est peu. Mais c'est davantage que le tiers des longs métrages ayant pris l'affiche au Québec depuis le début de l'année.

Carole Laure et son Love Projet

«Projection en Blu-ray ou DVD? Vous avez aimé le film?» demande Carole Laure. On ne lui a pas encore posé de questions et on lui explique que si on lui parle, c'est pour évoquer sa carrière, son dernier film évidemment, mais aussi ses profils d'actrice, réalisatrice, scénariste et productrice. Oui, mais quand même. Carole Laure, 40 ans de carrière cinématographique, est inquiète. Love Projet sera à l'affiche au Québec dès le 24 octobre. La semaine précédent la sortie, celle des visionnements de presse et des entrevues promotionnelles, est aussi l'occasion de prendre le pouls des premières critiques. «Jusqu'à présent, je n'ai eu que de bons retours», dit-elle.
Il faut dire que la scénariste-réalisatrice a assuré ses arrières pour son quatrième long métrage: Xavier Dolan a été sollicité à titre de conseiller au scénario. Impossible d'en savoir plus sur cette contribution de prestige. Carole Laure bifurque rapidement sur un autre sujet quand la question ne lui convient pas. «C'est justement sa génération à lui qu'évoque le film, poursuit-elle habilement. Une génération très différente de la mienne, baignée dans les nouvelles technologies, qui veut tout faire, ouverte à tout, pour qui tout doit aller vite.»
Génération 2.0
Dans le film, on suit ainsi les destins croisés de cette jeunesse qui vit à cent à l'heure, de ce groupe d'artistes se fréquentant aussi à l'extérieur des répétitions, se larguant par textos, ponctuant ses réflexions par des «j'hallucine!». Tous, danseurs, chanteurs, acteurs, «formidablement multidisciplinaires», résume la réalisatrice.
Leur métier serait-il l'incarnation vivante de cette génération dynamique? «Leur vie est aussi théâtrale que sur scène», répond-elle.
La vie de Carole Laure, elle aussi, a tout d'un film.
En 1973, Gilles Carle lui offre son premier grand rôle au cinéma dans La Mort d'un bûcheron. Il la filmera de nouveau dans Fantastica, puis Normande St-Onge, sélectionné à Cannes en 1976. Très tôt, le destin cinématographique de Carole Laure croise le tapis rouge cannois et celui des Oscars. Avec notamment Night Magic, dont le livret est écrit par Léonard Cohen et la musique signée par son époux Lewis Furey (compositeur de Love Projet). Sans oublier Préparez vos mouchoirs, de Bertrand Blier (Oscar du meilleur film étranger en 1977) dans lequel elle incarne l'épouse malheureuse de Raoul (Gérard Depardieu).
À Cannes, la cinéaste est de toutes les remises de prix: elle présente la cérémonie de clôture en 2003, assure la vice-présidence du jury de la section Un Certain Regard en 2005. Ses deux premiers longs métrages seront sélectionnés à la Semaine de la critique: Les fils de Marie en 2002 et CQ2 en 2004. En attendant de savoir si la destinée de Love Projet suivra celle de ses deux premiers films invités sur la croisette, le long métrage fait déjà partie de la section «Perspectiva Internacional» de la 38e Mostra Internacional de Cinema de São Paulo.
Réalisation aux quatre vents
À l'instar de sa carrière polymorphe - faut-il rappeler que Carole Laure est aussi chanteuse? -, la réalisatrice a choisi d'ouvrir sa caméra à d'autres genres. «Il y a plein de séries télévisées qui m'ont influencée. J'ai repris leur écriture rapide et leur sens de l'ellipse.»
La réalisation tient aussi de la comédie musicale et de la vidéo d'art. On y retrouve des chorégraphies de Mélanie Demers et de Dave St-Pierre. Plusieurs acteurs sont danseurs, comme à l'écran. «Il y a de la danse, du chant, du mouvement. De la danse contemporaine, du tango, de la country. C'est une panoplie de beaucoup de choses», reconnaît-elle. Elle insiste sur le fait que les acteurs ne sont pas doublés lors des scènes chantées.
La réalisatrice dit avoir voulu éviter le collage des genres, adoptant ce fil rouge qui reliera les séquences: «mettre en scène des personnages dans leur humanité, en filmant leurs angoisses, leurs amours, leurs doutes.»
Un film d'un seul épisode pour une saison unique: le printemps de leurs vies.