Carmen chante et brille sur la Main

Maude Guérin a été « la nuit », c'est-à-dire Pierrette, dans l'adaptation en théâtre musicale des Belles-Soeurs de Michel Tremblay. Cette fois, la comédienne revient à la Maison de la culture de Gatineau pour briller tel un « soleil » nommé Carmen, dans Le Chant de Sainte Carmen de la Main.
« Carmen, c'est une résiliente, un soleil. C'est celle qu'on va sacrifier, au final », lance Maude Guérin, qui lui prête corps et voix dans la production.
Fille de Léopold et Marie-Louise (le couple amer d'À toi pour toujours, ta Marie-Lou), Carmen aura attendu leur mort pour s'affranchir de leur amertume et se mettre à chanter dans le bar tenu par Maurice (Normand D'Amour), sur la Main.
C'est là qu'elle se réinstallera au micro, à son retour des États-Unis, suscitant autant d'espoir que de jalousie au sein de la faune bigarrée, marginale, fragile, voire exclue, du Red Light montréalais.
Entre Gloria, vedette vieillissante de la bossa nova, et Bec-de-lièvre la lesbienne aussi timide qu'ardente ; entre Maurice, le roi de la Main, et Tooth Pick, son bras droit véreux, Carmen brillera... à s'en brûler les ailes.
« Elle vient brasser bien des peurs, entre autres par rapport à la différence. Qui tient à quoi, d'ailleurs ? C'est ce qu'on chante tous ensemble, la gang de la Main, par une pièce a cappella de cinq minutes ! » fait valoir Maude Guérin. Carmen livre les splendeurs et misères de ceux et celles qui échouent sur la Main, dans l'espoir de les voir prendre leur destin en main comme elle.
Et elle le fait en français, ce qui, au moment de la création de la pièce originale de Michel Tremblay, en juillet 1976 (soit quelques mois avant l'élection du Parti québécois), n'est pas sans trouver un écho particulier dans le contexte politique de l'époque.
Un côté pamphlétaire
La comédienne souligne justement le côté « très pamphlétaire » de la pièce de Michel Tremblay.
Selon elle, le chant de Carmen résonne comme « un cri d'autant plus actuel avec ce qu'on vit aujourd'hui », dans la foulée du printemps érable et des histoires de corruption que continue de soulever la commission Charbonneau.
« On demeure dans une forme d'immobilisme, au Québec, déplore-t-elle. On n'est pas sortis de notre torpeur; pourtant, on a tous besoin de se lever, un jour ou l'autre, pour défendre ce en quoi on croit, pour s'affirmer. C'est ce que Carmen fait, à sa manière... »
Maude Guérin n'avait jamais chanté sur scène avant de se laisser convaincre - par le metteur en scène René Richard Cyr -  de pousser la note dans Frères de sang, présentée d'abord en 2004, puis reprise en 2006. Elle interprétait alors Mme Johnston.
Elle aura dû attendre qu'on lui propose le rôle de Pierrette, dans Belles-Soeurs, pour répéter l'expérience.
« Je n'aurais pas pu faire Carmen sans Pierrette, décrète Maude Guérin. Je n'aurais pas été capable d'interpréter deux tounes, seule sur scène, sans filet, si je n'avais pas eu la possibilité de prendre confiance en mes moyens dans Belles-Soeurs avant, c'est certain ! »