Ça porte à boire

Dans ma chronique de mardi dernier, j'ai posé la question: pourquoi les Franco-Ontariens utilisent-ils l'acronyme LCBO (Liquor Control Board of Ontario) lorsqu'ils parlent de la Régie des alcools de l'Ontario? Pourquoi ne dit-on pas plutôt RAO? Comme dans: «Je passe à la RAO choisir un p'tit rouge pour ce soir.»
Eh bien à ma grande surprise, un lecteur m'a répondu, et pas m'importe lequel, mais bien le commissaire aux services en français de l'Ontario, François Boileau.
Il m'a appelé le lendemain de son bureau à Toronto pour me dire: «Vous avez demandé de l'aide dans votre chronique de ce matin? Je voulais vous proposer une réponse.»
J'étais plutôt surpris. C'était la première fois que «mon» commissaire m'appelait. Et à la blague, je lui ai lancé: «C'est tout un honneur, M. Boileau. La prochaine fois, je vais poser une question sur la Ligue nationale de hockey et, qui sait, je recevrai peut-être un appel du Commissaire de la LNH, Gary Bettman.»
Il a bien ri.
Sa réponse, alors? La voici: «Nous avons reçu plusieurs plaintes à ce sujet (l'acronyme LCBO). C'est que LCBO est une marque enregistrée, un peu comme IBM, ou SAQ, ou encore GM sont des marques enregistrées. Ce n'est pas une réponse qui est extrêmement bonne, soit dit en passant, mais c'est une marque enregistrée et elle est utilisée. C'est comme s'ils avaient enregistré un nom.
- Mais pourquoi n'ont-ils pas enregistré également l'acronyme RAO, pour Régie des alcools de l'Ontario?, lui ai-je demandé.
- Ils n'ont pas voulu faire ça, a répondu M. Boileau. Ils n'ont pas voulu faire ça parce que LCBO est un nom qui est connu, tant auprès des francophones que des anglophones. LCBO est leur marque de commerce. Ils n'utilisent l'expression Régie des alcools de l'Ontario que dans les documents officiels, comme dans les rapports annuels. On admet que LCBO n'est pas un acronyme d'origine bilingue. Ni particulièrement créatif. Mais c'est une marque de commerce qui est familière auprès des consommateurs. Et la LCBO n'a aucune intention de changer ça.»
La belle affaire, n'est-ce pas?
Ils n'ont pas voulu enregistrer le «nom» RAO, parce que les Franco-Ontariens utilisent le «nom» LCBO. Plutôt insultant, non?
C'est un peu comme lorsqu'on se fait demander: «Pourquoi vous offrez des services en français? Vous êtes bilingues, non?»
Mais si les Francos utilisent l'acronyme anglophone LCBO, ne serait-ce pas plutôt parce que l'équivalent francophone n'existe pas?
(Long soupir...)
Et voulez-vous en entendre une autre bonne?
La RAO publie... pardon. La LCBO publie aux trois mois une revue (de très grande qualité, faut-il le souligner) dans laquelle elle présente certains de ses produits et des recettes de plats variés pour accompagner les vins.
Cette revue, dans sa version française, se nommeÀ bon verre, bonne table.
Or, le commissaire Boileau a été incapable à un moment donné de trouver cette revue dans sa version française dans un LCBO de Toronto. Quand il en a fait la demande - à titre de simple citoyen, dois-je noter -, le commis a été lui chercher une copie en français dans une boîte dans l'entrepôt.
M. Boileau a alors demandé pourquoi les versions françaises n'étaient pas disponibles en magasin comme les versions anglaises le sont, pour se faire répondre:
«Parce que ça fâche les anglophones. Ils prennent la revue sans regarder pour se rendre compte, une fois à la maison, qu'ils ont pris une copie en français. Et ils sont donc obligés de retourner au magasin pour la changer. Donc ça les fâche.»
Misère...
Des réponses comme celle-là porte un gars à boire...