Émile Gaudreault, réalisateur du film Le vrai du faux.

«Ç'a été une aventure personnelle...»

À l'image du personnage de cinéaste tireur de ficelles qu'il a filmé dans Le vrai du faux, prenant l'affiche demain, Émile Gaudreault reconnaît le malin plaisir qu'il éprouve à manipuler ses comédiens. Mais toujours «en toute transparence» et connivence, précise le réalisateur.
Pour que Stéphane Rousseau puisse rendre toute l'humanité de son personnage, il devait en toutes circonstances éviter de jouer la fourberie, car «Marco est sincère et ignore qu'il manipule, même si le spectateur sait qu'il est dans un délire narcissique (...), obsédé par l'envie de paraître autre chose que ce qu'il est».
Aux yeux d'Émile Gaudreault, même Éric le soldat (Mathieu Quesnel), «qui a les nerfs tellement à vif qu'il n'a plus d'émotions» et les autres protagonistes du film, devaient «être joués comme des êtres humains, et non pas comme des personnages, car ils doivent dévoiler une souffrance».
Une douleur et une tristesse que les spectateurs, espère-t-il, ressentiront, puisqu'il a précisément voulu abolir la distance que le public établit d'habitude, dans les comédies, explique Émile Gaudreault, qui a eu l'occasion d'explorer bien des rouages de la mécanique du rire, notamment à travers les blockbusters Mambo Italiano, De père en flic ou Le sens de l'humour.
Le réalisateur ose une métaphore psychanalytique de son travail - reproduisant ainsi le schéma de son propre film.
«Le réalisateur est un peu comme le psy, qui, pour ton bien, cherche à t'amener quelque part, sans que tu le saches toujours, mais tu acceptes ce jeu», compare celui qui ne cache pas non plus avoir suivi «14 ans de thérapie».
C'est après s'être retrouvé «en position foetale dans mon salon, dans un état de souffrance incroyable» qu'il a entrepris de fréquenter le divan d'un psy. Là, il a trouvé non seulement une oreille attentive, mais aussi un accompagnateur «exceptionnel», qui l'a aussi «éduqué» sur le travail de maïeutique psychanalytique. «Ç'a été une aventure personnelle très grande. (...) J'ai donc un grand respect» pour les thérapeutes.
Sachant cela, on est moins surpris par le niveau d'implication de la psy de son film (campée par Julie LeBreton), capable de traverser le Québec en covoiturage afin de retrouver un patient.
Le vrai du faux est inspiré de la pièce Au champ de mars de Pierre-Michel Tremblay, un «ami de longue date» qu'Émile Gaudreault fréquentait déjà à l'époque du Groupe Sanguin. Ils ont donc retravaillé le scénario à quatre mains. Réécrit complètement serait plus juste, car «c'était une pièce chorale: le soldat et le réalisateur n'avaient pas plus de trois scènes, ensemble», précise-t-il.
Les deux auteurs ont accouché d'une ligne dramatique différente, ont viré toutes les scènes de thérapie et ont trouvé «les ressorts qui nous propulseraient dans un nouveau récit»; un long chemin pour aboutir «de version en version, à une véritable métamorphose d'une pièce en film».
«Il n'en reste que l'esprit, l'ADN», dit-il. Et le traitement un peu particulier du sujet, qui s'évertue à ne pas quitter son étroit «couloir tragi-comique». Tombant dans un excès, puis l'autre, plusieurs versions du film ont été abandonnées, après avoir été projetées à un public-test.
Il n'est pas sûr d'avoir signé un film aussi grand public que les précédents, mais les derniers tests sur public l'ont rassuré. Ce, même s'il convient être souvent «allé à l'encontre de ce que la scénarisation m'aurait dit de faire et à l'antithèse de ce qui se fait au Québec» en matière de comédies.
Ybergeras@ledroit.com