Branford Marsalis.

Branford Marsalis, entre jazz et classique

Donnant le coup d'envoi des festivités de Musique et autres mondes, samedi soir, Branford Marsalis fera de son saxophone un pont entre le jazz et la musique classique. Il s'agit d'une première, pour lui, puisque ce concert d'ouverture a été spécialement conçu pour l'événement. Un concert au cours duquel il passera des concertos de Glazounov et Vaughan Williams - il sera alors accompagné de l'Orchestre du Centre national des arts sous la direction d'Alain Trudel - au répertoire de son quartette.
«Ça ne m'était pas encore arrivé de marier ces deux genres au cours d'une même soirée, et ça me demandera assurément beaucoup de concentration!» soutient le principal intéressé, joint plus tôt cette semaine.
S'il se sent «capable» de se promener d'un univers à l'autre dans un spectacle aujourd'hui, Branford Marsalis fait valoir que c'est grâce à la manière dont il approche la musique depuis ses débuts.
«J'ai appris à jouer du jazz par mes oreilles et non par les yeux. Pour moi, il ne s'agit pas tant de savoir lire des notes sur une partition que de les entendre résonner au plus profond de soi.»
Avec le temps, il a également appris à ne pas utiliser son instrument comme un outil pour se faire valoir, mais bien à mettre son saxophone au service de la musique, à en faire un moyen de communication, pour ne pas dire de communion, avec les gens.
«Peu importe le genre de musique que l'on joue, tout est question d'interprétation. Parce qu'à la base, on travaille toujours avec les 12 mêmes notes!»
Du même souffle, ce dernier fait valoir qu'il en va de même avec les 26 lettres de l'alphabet, dressant du coup un parallèle entre jazz, classique et langues.
«Qu'on la raconte en anglais ou en français, une histoire n'aura jamais la même saveur si on se contente de simplement la traduire pour les autres. Il faut toucher à son essence, en ressentir les mots, ou les notes, si on veut la rendre avec émotions et authenticité.»
L'essence de son rôle d'artiste tient justement à cette recherche, car «ce n'est pas au public à apprendre à interpréter ce que l'on raconte par les notes que l'on joue, mais à nous, musiciens, de le faire afin que les gens puissent, à leur tour, ressentir la charge émotive de ces sons».
Touche-à-tout
Élevé au sein d'un clan dont le patronyme est intimement lié au jazz (de son père Ellis à ses frères, incluant le trompettiste Wynton), Branford Marsalis a de tout temps été un touche-à-tout. Il a dirigé le groupe du Tonight Show de Jay Leno, joué avec Sting, les Grateful Dead et Harry Connick Jr (le duo était du Festival de jazz d'Ottawa, en 2005).
Ce n'est qu'à cette époque, alors dans la quarantaine, qu'il a «vraiment» commencé à étudier la musique classique, précise l'homme de 53 ans. Et ce n'est que maintenant qu'il se dit prêt à proposer un concert hybride comme celui de ce soir, le perfectionniste en lui se sentant «apte» à élever la portion classique à la hauteur de son répertoire jazz.
«Je n'aurais jamais accepté de préparer un tel spectacle autrement», conclut-il.