Bientôt fini le spécial à 7$

On moins de deux décennies, le Québec est devenu complètement accro à son réseau de garderies subventionnées. Y'avait-il seulement une vie sur terre avant la création des garderies à 7$?
Notre réseau de Centres de la petite enfance (CPE), tel qu'on le connaît à l'heure actuelle, n'existe que depuis 1997. C'est ce qui m'a d'abord frappé à la lecture de ce rapport qui recommande à la ministre de la Famille, Nicole Léger, d'augmenter la contribution parentale aux places en garderie.
En moins de 20 ans, on est devenus totalement gagas de nos CPE. Avec raison, sans doute. À titre de père de famille, j'en ai profité à plein. Mes deux enfants ont grandi dans des milieux de garde extraordinaires où ils ont été stimulés, cajolés, amusés par du personnel dévoué et compétent.
Dans un monde où les parents sont souvent contraints de travailler tous les deux à temps plein pour boucler leur budget, on s'imagine mal vivre sans nos garderies subventionnées. On en est venu à oublier qu'à 7$ par jour, un tarif gelé depuis maintenant 10 ans, c'est une véritable aubaine. Moins cher qu'un repas au restaurant, moins cher qu'un paquet de cigarettes.
Mes collègues de travail qui paient jusqu'à 35 ou 40$ par jour pour faire garder leurs enfants en Ontario ne se gênent pas pour me le rappeler. Je leur rétorque qu'ils ne paient pas autant de taxes que moi au provincial. Et puis, ils n'ont qu'à déménager au Québec...
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Maintenant, j'espère que vous avez compris que c'est bientôt fini, le spécial à 7$?
J'entends déjà les cris d'indignation quand Québec annoncera, probablement après les prochaines élections, la hausse et sûrement l'indexation des tarifs de garderie. Comme on s'attaque à une vache sacrée, à un programme qui distingue le Québec du reste du Canada, j'ai bien l'impression que le débat se transportera sur le terrain idéologique. Un peu comme celui sur les droits de scolarité à l'université et au cégep qui a provoqué le printemps érable.
Pour l'instant, le Parti québécois est lié par sa promesse électorale de maintenir le tarif à 7$. Mais le répit sera de courte durée. Pauline Marois pourrait déclencher des élections ce printemps pour profiter de l'avantage que lui procure la charte des valeurs auprès de l'opinion publique. Peu importe qui remportera l'éventuel scrutin, très bientôt, c'est inévitable, on ne parlera plus de garderies à 7$.
Ce seront désormais des places à 9$, 10$ ou 12$. Voire à 9,95$ puisque l'indexation annuelle des contributions sonnerait le glas des chiffres ronds. En fait, on en est grosso modo au même point qu'en 2004 quand l'ex-premier ministre Jean Charest a brisé une promesse électorale pour hausser la contribution de 5 à 7$.
Tout comme à l'époque, les coûts du réseau de CPE ont grimpé de manière considérable. Si bien qu'aujourd'hui, la contribution des parents ne représente plus que 13,5% de la facture alors qu'elle était de 20% lors de la création du réseau en 1997. C'est dire que le gouvernement du Québec contribue 87% de la facture. Le choix politique qui va se poser bientôt, c'est de voir jusqu'où la province est prête à appuyer les familles.
Il s'en trouvera, c'est certain, pour balayer d'un revers de la main les considérations financières et affirmer que le Québec fait un choix de société en se dotant de garderies à bas prix et qu'il ne faut pas hausser la contribution.
Ceux-là feraient bien de lire le rapport du groupe de travail préparé par l'ancien sous-ministre Maurice Boisvert.
Les coûts du réseau de garderies subventionnées ont grimpé de façon exponentielle au cours des dernières années. Ils sont passés de 221 millions de fonds publics à 2,2 milliards entre 1997 et 2013. Pour vous donner une idée, c'est presque autant que le déficit annoncé de 2,5 milliards du Québec pour l'exercice financier en cours.
Reste à savoir si les Québécois accepteront de continuer à engraisser la vache sacrée, ou s'ils vont préférer lui imposer un régime minceur.