Le directeur général Marc Bergevin a parlé avec émotion du congédiement de Michel Therrien.

Bergevin estime que le temps était venu de congédier Therrien

Maintenant que Michel Therrien a été limogé, les joueurs du Canadien ne pourront plus se cacher derrière les excuses. Après les blessures l'an dernier et la fatigue attribuable au calendrier comprimé cette saison, le directeur général Marc Bergevin a reconnu que ses joueurs devaient lui en donner plus.
Dimanche, contre les Bruins de Boston, le Canadien a subi une sixième défaite en sept matchs. Son rendement des dernières semaines fait en sorte qu'en date de mercredi matin, le Canadien n'a plus que six points d'avance sur les Sénateurs d'Ottawa au sommet de la section Atlantique, alors qu'il a joué quatre rencontres de plus.
À maintes reprises pendant son point de presse tenu au Complexe sportif Bell, Bergevin a rappelé que sa décision de congédier Therrien et de le remplacer par Claude Julien en était une «d'équipe».
«Il y a des choses que nous devons garder à l'interne, mais en fin de compte, j'avais tout simplement l'impression que nos joueurs ne performaient plus à la hauteur de leur potentiel. Oui, il y a eu des blessures, mais vous savez à quel point la LNH est une ligue compétitive, et nous sommes maintenant en santé, donc il y avait des signes qui laissaient entrevoir que quelque chose n'allait pas.»
Parmi les fameux signes qui ont pu être observés au cours des dernières semaines, il y a évidemment le rendement du gardien étoile Carey Price. Ce dernier a accordé quatre buts dans chacun de ses trois derniers matchs. En fait, il n'a jamais donné moins de trois buts dans ses cinq matchs en février.
Interrogé à savoir si l'élément déclencheur qui avait ultimement provoqué le congédiement de Therrien était le long regard de Price vers l'entraîneur-chef du Canadien après qu'il eut été chassé du match contre les Sharks de San Jose le 16 décembre, Bergevin a offert une réponse visant à fouetter son gardien no 1.
«Je ne crois pas (que cet événement) soit en cause, mais le seul qui puisse y répondre est Carey, a dit Bergevin, en marquant une pause. Le lendemain, l'équipe s'est dirigée vers Washington, où 'Mike', Stéphane (Waite) et Carey ont eu une discussion, et il a rebondi cette soirée-là. Mais depuis ce temps-là, il a connu des hauts et des bas (...) Ceci étant dit, je crois toujours que Carey est le meilleur gardien au monde et je suis confiant qu'il retrouvera son niveau de jeu très bientôt.»
Bergevin a d'ores et déjà signifié qu'il rencontrerait ses joueurs afin de discuter de la situation à leur retour au boulot, vendredi. Entre-temps, il aura un tête-à-tête avec Julien jeudi, avant qu'il ne dirige son premier match samedi, contre les Jets de Winnipeg au Centre Bell.
Julien, «un coup de circuit»
Sans vouloir entrer dans les détails, Bergevin a déclaré que sa décision d'embaucher Julien avait été prise très rapidement après la défaite de 4-0 subie dimanche, aux mains des Bruins. Il a du même coup nié que la décision des Bruins de le congédier le 7 février avait accéléré son processus de réflexion, bien qu'il ait concédé qu'il devait agir rapidement puisque de nombreuses équipes semblaient intéressées à ses services.
«Je sais que le 'timing' peut donner cette impression-là, mais je n'ai pas pris ma décision en fonction de celles prises par les Bruins», a-t-il assuré, avant d'ajouter qu'il avait offert un contrat de plusieurs saisons à Julien - cinq ans confirmera l'entraîneur plus tard - à la suite d'un bref entretien téléphonique.
«Avec 24 rencontres à disputer cette saison, c'est l'homme de la situation et celui qui répond à notre vision à long terme, a-t-il déclaré à propos de Julien, qui a dirigé le Tricolore de janvier 2003 à janvier 2006. C'est un coup de circuit.»
Selon Bergevin, Julien - qu'il a côtoyé brièvement au sein d'Équipe Canada en septembre dernier, lors de la Coupe du monde - était son premier choix. En ce sens, il a refusé de dire s'il était entré en contact avec d'autres candidats, en dépit des rumeurs émanant de la Floride à l'effet qu'il aurait demandé la permission aux Panthers pour discuter avec Gerard Gallant. Il n'a pas non plus voulu discuter des candidatures d'autres entraîneurs francophones, tels que Patrick Roy et Bob Hartley.
«Ça va peut-être paraître fou, mais en seulement 30 secondes je me suis senti confortable avec Claude, a noté Bergevin. Je me fie beaucoup à mes instincts, et j'avais l'impression que c'est un bon monsieur. Et il ne faut pas oublier que sa fiche en carrière parle d'elle-même. Il a déjà dirigé ici, alors qu'il était un entraîneur recrue, il a fait ses marques ailleurs - il a passé 10 ans avec les Bruins, et a gagné la coupe avec eux -, donc il a appris beaucoup et je crois qu'il fera aussi bien que Michel (Therrien) lors de son deuxième séjour ici.»
Bergevin a également eu quelques mots pour Therrien, un homme qu'il a côtoyé pendant cinq ans et qu'il respecte énormément.
«La journée d'hier a été 'tough', a admis Bergevin. Michel, c'est un gars qui veut se battre jusqu'à la fin, et c'est ce qui explique qu'il connaisse autant de succès dans la LNH. Michel, c'est un petit gars de Saint-Léonard; il a travaillé pour tout ce qu'il a eu. Nous avons discuté pendant une vingtaine de minutes. Ça n'a pas été facile, mais il comprenait que c'était dans le meilleur intérêt de l'organisation.»
Therrien était en poste depuis le 5 juin 2012. Sous sa gouverne, l'équipe a compilé une fiche de 194-121-37 et participé aux séries trois fois en quatre saisons. Therrien avait aussi dirigé l'équipe de 2000 à 2003.
Claude Julien était convoité par d'autres équipes
Claude Julien avait l'intention d'attendre au printemps avant de prendre une décision quant à la suite de sa carrière. C'était sans compter sur l'insistance des autres formations de la Ligue nationale.
Julien n'a eu d'autres choix que de couper court à ses vacances familiales dans le Vermont quand il a reçu l'appel de Marc Bergevin. Mais une chose est certaine: le d.g. du Tricolore a dû se montrer persuasif en peu de temps, puisque Julien était convoité par plusieurs formations du circuit Bettman.
«Il y avait d'autres équipes qui étaient très intéressées, a admis Julien, en téléconférence de son domicile de Boston. Mais dès que j'ai parlé avec le Canadien, je voulais écouter ce qu'ils avaient à me dire.»
Les liens tissés avec Bergevin lors de la Coupe du monde de septembre dernier auront pesé lourd au moment de prendre sa décision.
«Il y a plusieurs facteurs, (...) mais j'ai eu une bonne 'connexion' avec lui à la Coupe du monde. C'est un bon directeur général, une bonne personne. C'est important pour moi de travailler avec de bonnes personnes. Je réalise aussi que je m'en vais dans une bonne organisation. Le fait que je connaisse le marché, que je me rapproche de chez moi aussi, ça a influencé. J'aime la direction dans laquelle cette équipe s'en va et le potentiel qu'elle a.»
Le deuxième passage de Julien à la barre du Canadien - il avait occupé le poste de janvier 2003 à janvier 2006 - ne sera d'ailleurs pas de courte durée: les deux parties ont convenu d'un pacte de cinq saisons, en plus de la fin du présent calendrier.
«Pour revenir avec le Canadien, je voulais que ce soit une bonne expérience et qu'on se donne la chance de réussir», a-t-il expliqué.
En s'amenant avec le Tricolore, Julien prend en charge une formation qui occupe le premier rang de la section Atlantique, certes, mais qui a connu bien des ennuis dernièrement, comme en fait foi sa fiche de 3-6-1 à ses 10 dernières sorties sous les ordres de Michel Therrien, et de 23-19-7 depuis le 1er novembre.
«On me confie une bonne équipe, je le sais très bien, a souligné Julien, qui montre une fiche de 538-332-10-117 en 997 rencontres dans la LNH. Je ne vais pas commencer à faire de grandes déclarations dès maintenant au sujet de ce qu'il faut changer ou pas dans ce club. C'est à nous de le démontrer au lieu d'en parler.
«Les changements qui doivent être apportés sont probablement minimes, mais ils feront une grosse différence. C'est ce que j'ai l'intention de faire dans les prochains deux jours avec le groupe d'entraîneurs. Je vais passer deux grosses journées à bien me préparer avant l'entraînement de vendredi. Mais c'est davantage de retrouver l'énergie et de mettre les pendules à l'heure qui est important pour l'instant. Au fur et à mesure qu'on va progresser, on pourra apporter les petits changements que je veux faire. Mais c'est impossible en un entraînement.»
Julien a d'ailleurs signalé qu'il compte poursuivre avec le même groupe d'adjoints.
«Je connais tous les entraîneurs en place et je n'ai aucun problème à finir la saison (avec eux). S'il y a des changements à faire, ce ne sera certainement pas cette année, et je ne dis pas non plus que je vais apporter des changements.»
Garder le même style
Même s'il vient de perdre son 'job' après près de 10 ans à Boston, Julien n'a pas l'intention de modifier son approche.
«C'est l'une des raisons, je pense, pour lesquelles on m'a donné l'opportunité de revenir à Montréal. J'ai toujours eu de bonnes relations avec mes joueurs. (...) Le respect, ça se gagne. Si tu respectes tes joueurs, ils vont te respecter. La fine ligne qui existe entre le respect et l'autorité, c'est ce que j'essaie de garder et ce que je ferai à Montréal.»
Il admet cependant qu'il est mieux outillé pour ce deuxième passage à Montréal qu'il y a 14 ans.
«L'expérience fait beaucoup. (...) Je n'ai jamais été amer ou déçu de mon expérience à Montréal. C'était ma première expérience (dans la LNH) et j'ai vite réalisé que de se faire congédier, ça faisait partie du métier. J'ai toujours aimé l'organisation, la ville, ses partisans. J'aime les défis et ça m'excite de revenir. Mais je ne manquerai pas d'expérience cette fois-ci.
«Je ne veux jamais être confortable et je veux toujours m'améliorer. (...) Les choses changent. À un moment, c'étaient les grosses équipes qui gagnaient, ensuite, c'étaient les équipes plus rapides. L'an dernier, avec les Penguins, ils ne voulaient pas passer de temps dans leur zone. C'est de s'assurer de se garder à date dans chaque situation. Si tu es trop obstiné et que tu ne veux rien changer à ton système, tu ne pourras pas survivre.»
Une pensée pour Therrien
Le nouvel entraîneur-chef a commencé cette téléconférence en ayant une bonne pensée pour son prédecesseur.
«Il y a une semaine, j'ai été un des entraîneurs congédiés. Je sais exactement comment Michel se sent présentement. Ce n'est pas facile pour un entraîneur d'arriver dans une organisation en sachant qu'il a pris le 'job' d'un autre. Je veux que tout le monde sache que j'ai toujours eu beaucoup de respect pour Michel Therrien. C'est un bon entraîneur, contre qui il n'est pas facile de diriger. Je le connais depuis longtemps et je veux lui souhaiter bonne chance. Je suis certain qu'il reviendra bientôt comme entraîneur.»
Frédéric Daigle, La Presse canadienne
Les autres équipes peuvent oublier Sergachev
Mikhail Sergachev
Le directeur général du Canadien Marc Bergevin avait un message important à transmettre à ses homologues du circuit Bettman à deux semaines de la date limite des transaction: oubliez Mikhail Sergachev.
Fidèle à son plan selon lequel les équipes championnes se bâtissent avec des jeunes joueurs développés par l'organisation, Bergevin a déclaré qu'il était prêt à écouter les propositions de transactions des autres directeurs généraux de la LNH, mais précisé que pour l'instant le prix à payer était tout simplement trop élevé.
En ce sens, il a laissé entendre qu'il y avait «moins de cinq jeunes joueurs» de l'organisation qui étaient des intouchables, parmi lesquels il a explicitement nommé Sergachev.
«Je crois que nous avons les outils nécessaires. Pour ce qui est des transactions, le pouls en ce moment, et je veux être clair là-dessus, c'est que je ne donnerai jamais un jeune, comme Sergachev, afin de combler un 'trou' dans notre formation, a assuré Bergevin. On peut toujours regarder afin d'améliorer l'équipe, mais si le prix à payer est de sacrifier des jeunes qui seront au sein de l'organisation pendant 10 ou 15 ans, alors je ne le ferai pas.
«Par contre, si le prix descend, et qu'il est raisonnable pour l'organisation, autant à moyen qu'à long terme, alors je vais le faire», a-t-il dit.
Ainsi, contrairement à tous les observateurs qui prétendent que le Tricolore doit miser tout son avoir dès cette saison à cause de la fameuse «fenêtre d'opportunité» pour remporter la coupe Stanley, Bergevin a laissé entendre qu'il sera très prudent le 29 février prochain.
«Nous disposons d'une très bonne équipe, qui est dotée d'un leadership fort. Notre équipe est un amalgame de jeunes prometteurs et de vétérans aguerris, a d'abord résumé le principal intéressé. Vous savez, on dit souvent qu'une fois que nous sommes en séries éliminatoires, tout est possible. Il y a quelques équipes dans cette ligue qui sont dans une classe à part - les Penguins de Pittsburgh et les Capitals de Washington, notamment -, et ensuite les autres sont dans un groupe très serré. On ne sait jamais, avec les blessures, ce qui peut se produire. Mais notre principal objectif est d'accéder aux séries éliminatoires, ensuite nous verrons.»