Avec Marcher le texte, l'Iranienne Mana Rouholamini fait des mots d'innombrables images et plonge les visiteurs dans leur bavardage incessant.

Balade dans le brouhaha des mots

S'il est vrai qu'une image vaut mille mots, les galeries d'art et autres centres d'exposition devraient être les lieux les plus bruyants qui soient. Pourtant, on s'y rend souvent seul ou à deux, et on chuchote entre les murs où sont suspendus des tableaux figuratifs ou abstraits.
C'est tout le contraire qu'on nous présente à la galerie de l'École d'art d'Ottawa, au Centre des arts Shenkman, avec Marcher le texte, dont le vernissage a lieu demain, entre 13h et 15h.
Ce n'est pas une image que l'on vient voir, mais bien mille mots. L'oeuvre de l'Iranienne Mana Rouholamini, présentée jusqu'au 26 mai, offre aux visiteurs une série d'impressions numériques à lire en marchant, d'où son titre.
Née à Téhéran en 1970, Mana Rouholamini a vécu avec ses parents en France avant de retourner dans son pays après la révolution islamique de Khomeiny. Elle y a étudié en arts graphiques à l'Université Azad. Arrivée au Canada en 1997, elle s'inscrit à la maîtrise en arts visuels à l'Université York, à Toronto, puis s'installe un temps à Montréal, avant de gagner Ottawa il y a cinq ans.
Voici pour le parcours du corps dans l'espace en cinq destinations. Son imaginaire est aussi à cinq étapes, par le biais de la littérature qu'elle fait sienne et dont les excroissances et extrapolations se retrouvent sur les murs de la galerie.
Cinq livres. Cinq auteurs. Trois langues: le farsi, le français et l'anglais.
Quels sont ces ouvrages auxquels elle voue un culte artistique? La Chouette aveugle de Sadegh Hedayat, Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll, Les Villes invisibles d'Italo Calvino, Espèces d'espaces de George Perec et L'Invention du quotidien de Michel de Certeau.
Avec patience et curiosité, dans un premier temps, elle lit. Dans un second, elle photocopie les pages, les découpe, fait des montages, repère et extrapole. Puis, troisièmement, elle photographie ces écritures devenues les siennes grâce à un savant jeu de caches et de surprises. Et de secrets, comme ce mot «regard» qui dissimule «mémoire». Ou encore les pages d'Alice qui sont enroulées comme un entonnoir, un trou. La chute n'est pas loin, l'histoire commence pour la fillette, mais aussi pour le visiteur confronté à trois lignes horizontales qui s'étirent sur toute la largeur des murs.
À force de faire parler les livres entre eux, des similitudes naissent, sautent aux yeux. Les mots s'ouvrent, toutes lettres dehors, font images et nous confrontent, muets, à un bavardage incessant et fascinant.
Avancer dans des phrases découpées, voir des mots retrousser et montrer d'autres verbes, d'autres noms sous leurs syllabes: c'est une promenade dans la poésie à laquelle nous convie Mana Rouhalamini. On ne peut ressortir qu'avec des images plein la bouche.
OÙ? École d'art d'Ottawa, campus d'Orléans
QUAND? Jusqu'au 26 mai
RENSEIGNEMENTS? 613-580-2765, www.artottawa.ca