Le 6 décembre 1989, Marc Lépine a ouvert le feu à Polytechnique. Quatorze femmes sont tombées sous ses balles.

Avertissement clément pour l'auteur de messages menaçants

L'isolement et le manque d'attention a conduit un jeune Gatinois atteint d'un rare syndrome à proférer des menaces contre les femmes et à honorer le tueur Marc Lépine sur un réseau social bien connu en Outaouais. Le message, a-t-il convenu devant la justice, est allé beaucoup trop loin.
Éric (nom fictif), 28 ans, est atteint du syndrome de Moebius, une maladie congénitale très rare qui se traduit par une faiblesse musculaire faciale associée à des mouvements limités des yeux.
La plupart des gens vivant avec le syndrome de Moebius ont une intelligence normale, mais l'absence d'expression faciale, l'impossibilité de sourire, des problèmes psychomoteurs et de développement de la mâchoire sont quelques symptômes rendant difficile l'intégration sociale, selon l'Association du Syndrome Moebius, basée en Ontario.
Après avoir tenté - sans succès - d'établir des contacts à travers des forums publics du site Tagz (anciennement OutaouaisWeb), Éric a décidé, en février 2010, d'attirer l'attention des internautes en proférant des menaces contre les femmes, et en rendant hommage à Marc Lépine, l'auteur de la tuerie de l'École Polytechnique de Montréal du 6 décembre 1989 qui a fait 14 victimes, toutes des femmes.
Menaces prises au sérieux
Les réactions négatives sur le forum se sont vite multipliées, et Éric s'est rendu compte qu'il était allé trop loin. Il a appelé un ami policier pour lui dire ce qui venait de se produire. La direction du site web a retiré les messages du jeune homme, et une enquête policière a été ouverte.
Éric soutient depuis le début de cette histoire qu'il n'a jamais eu l'intention véritable de passer à l'acte, même s'il a écrit en anglais sur une page du forum qu'il était « extrêmement sérieux ».
Les policiers de Gatineau ont aussi pris ces menaces au sérieux et se sont rendus chez lui pour saisir son ordinateur.
La famille, fortement éprouvée, a poussé un soupir de soulagement, hier, lorsque le juge Gabriel Lassonde a prononcé une absolution inconditionnelle de l'accusé. Un dossier criminel aurait empêché le jeune homme de voyager aux États-Unis pour assister à des réunions de personnes atteintes du même syndrome et de leurs familles.
L'accusation d'incitation à la haine a été abandonnée, mais l'internaute a été déclaré coupable de menaces de mort. L'absolution évite à Éric de traîner un dossier criminel, ce qui n'aurait fait que rendre plus difficiles ses efforts d'intégration, estime le tribunal.
« Il reçoit beaucoup d'aide, il a admis ses torts et a tout de suite contacté un ami policier après les faits », a fait valoir son avocat, Jean-François Benoît.
Le juge a suspendu la cause pendant quelques minutes, et en a profité pour lire une lettre écrite par la mère de l'accusé. « J'ai lu la lettre avec beaucoup d'émotions », a dit le juge Lassonde, de retour sur le banc. « Je vous félicite. Je vous trouve très courageuse », a-t-il lancé à la mère éprouvée, assise dans la salle.
Selon moebius-france.org, moins de 2 000 personnes sont atteintes du syndrome de Moebius à travers le monde.