Marc-Étienne Bussières

Avenir prometteur, carrière sur la glace

Mauvaise nouvelle de golf aujourd'hui.
Non, ça n'a rien à voir avec le fait que les parcours locaux n'ouvriront probablement avant le mois de mai, avec le printemps que l'on a.
C'est plutôt que la réalité du monde du golf professionnel a rattrapé le golfeur gatinois Marc-Étienne Bussières, qui m'a annoncé hier qu'il devait prendre une pause dans sa quête d'atteindre le circuit de la PGA en raison d'un manque d'appuis financiers.
«Je vais probablement procéder à un changement de carrière, je suis justement en train de mettre mon curriculum vitae à jour. Mes finances sont basses actuellement et ça prend de l'argent pour payer les bills. Quand tu n'en as pas, ça commence à te jouer dans la tête lorsque tu te retrouves en compétition... J'aime encore le golf, ce n'est pas ça la question. J'espère d'ailleurs travailler dans ce domaine-là», m'a-t-il confié lorsque je l'ai joint à Orlando, en Floride, où il passait ses hivers.
À l'autre bout du fil, je ressentais sa frustration, même s'il ne voulait pas entrer dans tous les détails. Son principal commanditaire était une compagnie montréalaise, Lumen, mais elle lui a retiré son appui l'automne dernier. La compagnie Taylor Made lui fournissait son équipement, et il va tenter de voir si elle ne pourrait pas lui offrir un emploi, au Canada ou aux États-Unis.
Certains membres du club Royal Ottawa, dont il était membre depuis plusieurs années, l'encourageaient eux aussi par les années passées, notamment en tenant des petits tournois à son bénéfice.
Le produit du programme golf-études de l'école secondaire de l'Île jouait depuis déjà quatre ans sur le circuit NGA/Hooters, soit depuis sa graduation de l'université South Alabama, où il avait poursuivi son développement comme golfeur tout en obtenant un diplôme en finances.
En 2013, il avait terminé au 24e rang des boursiers de ce circuit, amassant près de 29600$ de gains en 17 tournois. À l'école de qualification de la PGA en novembre, il avait été éliminé à la deuxième des trois étapes menant à l'obtention d'une carte pour jouer sur le circuit Web.com, le principal circuit de développement de la PGA (l'équivalent de la Ligue américaine de hockey par rapport à la LNH).
Un parcours cahoteux
«L'élimination au deuxième tour du Q school avait été une bonne déception, et mes résultats de début d'année sur le NGA n'ont rien fait pour m'encourager (à continuer)», a indiqué le golfeur de 27 ans.
À son premier tournoi au début mars, la classique Spring Hill, il a joué des rondes de 72 et 75 qui se sont avérées insuffisantes pour franchir le cap de qualification. Il a ensuite dû déclarer forfait à son deuxième tournoi, il y a deux semaines, en raison d'un torticolis qui le rendait incapable de s'élancer. «Rien n'allait en ma faveur, j'ai pris ça comme un signe», dit Bussières.
Celui-ci avait aussi tenté sa chance à la qualification du lundi de la Classique Honda, du circuit de la PGA, en février, sans succès. Il avait joué 70 à cette occasion, deux coups de mieux que Brad Fritsch, membre à part entière du circuit de la PGA pourtant (il y est parvenu à 35 ans), sauf qu'il n'était pas exempté pour ce tournoi. Il aurait fallu qu'ils jouent 64 ce jour-là pour se qualifier pour le tournoi.
C'est pour vous montrer à quel point il est difficile de faire son chemin dans la jungle du golf professionnel. Bussières, dont je couvre les activités depuis qu'il dominait les circuits junior et amateur québécois, a probablement tous les atouts pour réaliser son rêve. À 27 ans, il frappe la balle à 300 verges et a un bon jeu court. Il a aussi une bonne tête sur les épaules afin de composer avec les hauts et les bas de ce drôle de sport qu'est le golf.
Mais là, parce qu'il n'a pas les moyens financiers d'essayer d'atteindre son objectif, il doit s'arrêter, même s'il dit que ce n'est pas «définitif», qu'il pourrait tenter à nouveau sa chance quand ses finances seront en meilleur état. Il ne pouvait tout simplement pas se permettre les quelque 2700$ de frais d'inscriptions au tournoi de qualification du circuit PGA Canada, par exemple, et encore moins de payer toutes les dépenses rattachées à participer à sa dizaine de tournois à travers le Canada, dont celui du mois d'août au club Hylands d'Ottawa.
Je trouve ça triste, pour ne pas dire plate, que la communauté du golf de l'Outaouais ne lui ait pas donné les moyens d'aller jusqu'au bout de son rêve.