Un restaurant de la capitale de l'Afghanistan populaire chez les étrangers et les Afghans aisés a été la cible d'un attentat-suicide vendredi.

Attentat à Kaboul: un Ottavien et un Gatinois parmi les victimes

L'Ottavien Peter McSheffrey et le Gatinois Martin Glazer comptent parmi les victimes d'un attentat-suicide survenu vendredi à Kaboul.
Ils agissaient tous deux comme comptables au sein du cabinet d'experts-conseils gatinois Samson & Associés. M. McSheffrey y travaillait depuis moins d'un an; son collègue Glazer, lui, y oeuvrait depuis près de 10 ans.
Le président du cabinet, Pierre Samson, a confirmé la triste nouvelle au Droit, samedi matin, sans toutefois révéler l'identité des victimes. «Vendredi, vers 14 h, on a reçu un courriel du ministère des Affaires étrangères disant que deux de nos consultants ont été piégés dans un attentat. On ne nous disait rien de plus, mais on laissait sous-entendre le pire. On a fait des pieds et des mains pour les rejoindre, sans succès. À 19h, on a eu la confirmation qu'ils sont décédés.»
Il s'agit d'un «gros choc» pour tout le cabinet, confie l'homme d'affaires. «On est un peu en mode panique. C'est une énorme tristesse.»
<p>Peter McSheffrey.</p>
L'identité de la victime ottavienne, Peter McSheffrey, a été révélée dans un communiqué signé de la main de son frère Robert.
«Les membres de la famille et les proches sont tous en deuil après cette perte tragique et brutale», peut-on y lire. «Peter était un époux, un père, un frère et un fils aimé de tous. [...] Ce qui rend la situation si difficile pour la famille est le fait que Peter a été la victime d'un acte de violence insensé dirigé vers des innocents.»
De leur côté, les proches de M. Glazer ont souligné dans un communiqué «(l')engagement professionnel et (la) bravoure (qu'il a) démontrés lors de ses fréquents voyages d'affaires dans la région».
Les dépouilles rapatriées mercredi
Les dépouilles des deux hommes rentreront au pays dès mercredi, à 23h, confirme M. Samson. Elles sont attendues à la base militaire de Trenton, en Ontario. Les deux familles devraient être sur place afin d'identifier les corps.
L'employeur des deux comptables se réjouit de la vitesse à laquelle ce processus sera conclut. Il affirme avoir reçu un bon coup de main du ministère des Affaires étrangères pour organiser le rapatriement des dépouilles.
La facture pourrait toutefois être assez élevée, puisque les assurances de l'entreprise ne couvrent que 15000$. Les frais totaux pourraient toutefois dépasser les 100000$. Pierre Samson affirme toutefois que son cabinet déboursera la somme manquante. «On ne veut pas que la famille s'inquiète ou encore retarder le processus.»
<p>Martin Glazer.</p>
MM. McSheffrey et Glazer étaient en visite à Kaboul afin de mener des vérifications comptables liées à l'aide internationale versée par le ministère canadien des Affaires étrangères. 
Ils sont arrivés une semaine avant la tragédie et devaient rentrer au pays cette semaine.
Ce n'était pas la première fois que Martin Glazer se rendait en terre afghane, explique Pierre Samson. «Il était réellement confiant que la sécurité était bonne, c'est difficile de comprendre ce qui est arrivé. J'imagine qu'ils n'ont pas pu se défendre.»
«À l'heure qu'il était, ils avaient probablement fini leur journée de travail...», se désole-t-il.
Les étrangers visés
L'attaque, perpétrée vendredi soir par un commando taliban au restaurant La Taverna du Liban, a fait 21 morts, dont 13 étrangers, selon les dernières informations divulguées par la police afghane.
Ce restaurant est situé non loin de l'ambassade du Canada à Kaboul et est un lieu de prédilection des Canadiens qui vivent dans la capitale afghane ou qui s'y trouvent en visite. 
Il s'agit de l'attentat  le plus meurtrier contre des civils étrangers depuis la chute des talibans, en 2001. Quatre représentants des Nations unies, ainsi qu'un représentant du Fonds monétaire international (FMI), ont également été tués.  
Vendredi, peu après 19 h, un kamikaze s'est d'abord fait exploser devant les portes blindées de l'établissement. Profitant du chaos ambiant, deux autres personnes armées se sont introduites dans le restaurant. Ils ont fait feu de manière aléatoire sur les clients, avant d'être abattus par les forces spéciales afghanes.
«Il y avait du sang partout, sur les tables, les chaises. Apparemment, les assaillants ont tiré à bout portant», a expliqué Atiquallah, un des chefs du restaurant.
Dans les rues adjacentes à l'établissement, bordées de maisons cossues, des morceaux de verres et des débris couvraient le pavé.
Ce n'est pas la première fois que les talibans mènent une attaque à Kaboul. Les symboles du pouvoir sont fréquemment visés, mais il est plutôt rare que des lieux publics fréquentés par les Occidentaux soient attaqués.
Leur porte-parole, Zabihullah Mujahid, a affirmé que l'attentat contre La Taverne du Liban voulait venger la mort des civils afghans lors d'affrontements survenus mercredi dans la province de Parwan, entre les talibans et les forces de l'OTAN.
Concert de condamnations
Le Canada condamne cet attentat dans «les termes les plus forts», a déclaré vendredi le ministre des Affaires étrangères, John Baird, tout en offrant son support aux familles éprouvées.
Le chef du Nouveau Parti démocratique, Thomas Mulcair, a aussi fait parvenir ses condoléances. «Nous unissons notre voix à celle de tous les Canadiens pour condamner fermement cet acte de violence insensé», a-t-il affirmé par communiqué. 
Les États-Unis, le Conseil de sécurité des Nations-Unies, l'OTAN et l'Union européenne ont également condamné l'attentat.
Avec Agence France-Presse et La Presse Canadienne