La télésérie documentaire Arrière-scène pose un regard documentaire sur les défis auxquels sont confrontés ceux qui, comme les soeurs Boulay, font commerce de la musique.

Arrière-scène, la vitrine des coulisses

Diffusée à l'antenne de TFO depuis deux semaines, la télésérie documentaire Arrière-scène sera progressivement mise en ligne sur Internet à partir de ce soir, en même temps que prendra l'antenne, à 20h30, sur la chaîne franco, le troisième épisode.
À travers les parcours (du combattant, souvent) d'une centaine d'auteurs-compositeurs et musiciens du Québec, cette série de douze épisodes brosse le portrait d'un milieu qui vit de profondes mutations. Elle pose un regard documentaire sur la création et les défis auxquels sont confrontés ceux qui font commerce de la musique.
Car l'angle est «économique». On y aborde par exemple la gestion d'une carrière, l'autoproduction, la réalisation, le droit d'auteur ou l'évolution des supports.
On n'y verra pas Céline Dion, ni ceux dont la carrière est moussée par quelque grosse machine de diffusion. Arrière-Scène donne le micro aux artisans aux moyens modestes, qui occupent 95% de l'espace musical. Aux Soeurs Boulay, à Patrick Watson, Alex Nevsky, Grimskunk, Martin Léon, ou Xavier Cafeïne, entre autres, ainsi qu'à ceux qui suivent ces créateurs dans l'ombre des coulisses, des studios, ou des maisons de disque.
L'objectif est de «déboulonner les idées reçues», à commencer par la gloire et la richesse qu'on attribue aux artistes, souligne Patrick Guérard, l'un des quatre réalisateurs de la série. Deuxième impératif: témoigner de la diversité des processus créatifs, et des réalités de ces artistes. Tant le milieu de la musique classique que le jazz et la pop sont explorés, au fil de quelque 240 entrevues.
«On voulait démythifier l'industrie. Faire comprendre que le succès, en musique, ne vient pas seul et, surtout, ne vient pas de 'l'acte magique' de la création. Montrer tout le travail qu'il y a en aval d'une bonne toune.»
«L'industrie arrive à survivre, mais pas le musicien, car il ne se paye qu'en bout de chaîne et n'a pas de salaire garanti», explique le réalisateur.
Le montage est dynamique et la facture visuelle moderne. Le ton refuse le sensationnalisme, autant que le misérabilisme, dit-il. «C'est autonarratif: on laisse la parole aux intervenants.»
«Marchands de guenilles»
Ils ont accepté de «se livrer sans limites», notamment au point de vue de leurs finances - ce qu'approfondit le premier épisode, Être musicien, les chiffres.
Où on entend par exemple ce commentaire de Biz, du groupe Loco Locass, au sujet de sa merch: «On est devenus des marchands de guenilles, parce que notre marge de profit [est là]. Je préférerais faire l'inverse: achète ma musique, je vais te donner une calotte» en échange.
«Avec mon groupe Plastic Lite, au début des années 2000, j'ai déjà été plongé dans cette réalité: tourner, participer aux concours, négocier avec les maisons de disque, faire des vidéoclips,etc. C'était donc facile pour moi de convaincre les artistes de la sincérité de notre démarche», explique M. Guérard.
Ses trois complices à la réalisation sont Étienne Deslières, Michel Lam et Nicolas Boucher, pianiste et directeur général de DBCom médias, la boîte montréalaise qui produit Arrière-Scène.
Ourtre les épisodes, le site officiel de l'émission (www.arriere-scene.tv) propose des capsules et des hyperliens pour approfondir les thèmes abordés.
ybergeras@ledroit.com