Arcade Fire a offert un spectacle à un public d'environ 11600 personnes vendredi soir au Centre Canadian Tire, dans le cadre de son Reflektor Tour.

Arcade Fire reflète sur son public

Ils sont massés dans l'aréna du Centre Canadian Tire, prêts à en découdre avec leurs idoles, perruques tirées à quatre épingles et costumes de rigueur, signes de ralliement dans les concerts d'Arcade Fire. Dans les couloirs adjacents, parade un mix assez composite de jeunes filles en (fausses) fleurs, de trentenaires hipsters, de parents en goguette et fashionistas d'un jour. Au son de Kid Koala et Dan Deacon, en première partie de soirée, ils ont remué fort, dansé, chanté, attendu encore et encore. Il fallait être à la hauteur, nourrir cette vague d'énergie dans le public, gage d'un concert réussi.
Soudain, la pénombre. C'est l'hystérie. Une poursuite de lumière déroute l'attention des spectateurs en périphérie du parterre : un personnage en combinaison réfléchissante attire le regard vers la seconde scène d'où démarre une poignée de musiciens que l'on dirait venus tout droit du Sud avec leur groove caribéen. Maracas et voix souriantes font diversion. Un miroir aux alouettes ! Rien de bien surprenant pour une tournée qui s'intitule, du nom du dernier album, Reflektor Tour...
À l'opposé de l'aréna, le rideau tombe enfin. Il est 21 heures, la clameur redouble d'intensité sur les accords de la chanson-titre. Exercice délicat des premières dates de tournée, mais Reflektor passe sans encombre le réarrangement pour la scène. Plus dur, plus à l'os, plus rock, irrésistiblement dansant et viscéral. Le bataillon des 12 musiciens se relayant sur scène insuffle une fiévreuse complexité au répertoire.
La facture « sons et lumières » du spectacle n'a rien de bluffant mais reste simple et efficace. Les écrans latéraux découpés en médaillon ajoutent un rien de coquetterie. Mais le coeur de la soirée réside dans la musique même.
Rythmes imprévisibles
Depuis les meilleures années de Radiohead, aucun groupe n'aura suscité autant d'attente qu'Arcade Fire. Et quoi qu'on en dise, ou qu'on veuille nous faire croire, le monde de la musique compte peu d'authentiques groupes comme cette formation americano-québécoise, inventive et ambitieuse, réunissant d'excellents musiciens.
Leur dernier album introduisait une envie de couleurs et de rythmes tropicaux, de mélodies vivifiantes et planantes à la fois ? Le concert est une déflagration de basses et de guitares sous tension, d'enchaînements percussifs soutenus par un chant mélancolique et des textes qui évoquent Eros et Thanatos, la nuit et l'aurore, le vertige intime.
Autant de mélodies fragiles sur le fil de constructions rythmiques imprévisibles, fruits d'impulsions charnelles et synthétiques. Le public jubile, en redemande. « And it's Friday night ! » lance Win Butler pour faire monter l'atmosphère.
Flashbulb Eyes nous en mettra plein la vue, tandis que The Suburbs sera repris en choeur et en boucle dans une dynamique chamanique : « Sometimes I can't believe it, I'm moving past the feeling » entonnent les 11 600 personnes (ou presque).
Leur succès Sprawl II (Mountains Beyond Mountains) soulève aussi les foules, mais le clou du spectacle reste certainement l'utilisation des deux scènes - Régine Chassagne sur la principale, Win Butler sur l'autre - pour un Supersymmetry fidèlement mis en scène.
À l'heure de mettre sous presse, Here Comes the Night Time faisait danser les rangées, de plus en plus portées par une euphorie collective. La nuit ne ferait-elle que commencer ?