Christian Gosselin a longtemps lutté contre l'alcool. Il sait ce que c'est d'atteindre le fond du baril. Aujourd'hui relevé de ce combat, il veut aider les écorchés de la vie en fondant un journal de rue, Le Portail de l'Outaouais.

Après le fond du baril, l'espoir

Christian Gosselin a gradué du Collège Saint-Alexandre, à Gatineau, à la fin des années 1970. En avril prochain, soit plus de 30 ans après avoir quitté le secondaire, ce Hullois de 52 ans recevra fièrement son diplôme en techniques de travail social du collège La Cité, à Ottawa.
Comment a-t-il occupé ses années entre ces deux réussites scolaires? «Disons que je me suis perdu en cours de route», répond-il en souriant.
En un mot: l'alcoolisme.
Élevé par une mère monoparentale et alcoolique, Christian se souvient d'avoir commencé à imiter sa mère vers l'âge de 10 ou 11 ans.
«Je lui volais de la boisson dans son 40 onces et j'allais boire le soir dans le parc Bisson, raconte-t-il. Les choses allaient un peu mieux pour moi durant mes années au secondaire à Saint-Alexandre. J'étais bien encadré par les enseignants. Mais dès mon secondaire terminé, je suis retombé et j'ai recommencé à boire. Et quand je me suis décroché un emploi comme serveur dans un restaurant de Hull, c'était parti. L'alcool est vite devenu maître de mon univers.
«J'ai tenté d'arrêter à plusieurs reprises. J'ai fait à peu près tous les centres de désintoxication imaginables. Mais en vain. Je rechutais tout le temps. Et plus je rechutais, plus je sombrais.»
Mais Christian s'est repris en main il y a quatre ans. Il n'a pas bu une goutte d'alcool depuis le 28 juin 2010. (Il se souvient précisément de la date.)
«J'ai enfin décidé d'arrêter de boire pour moi-même, et non pour toutes les mauvaises raisons, dit-il. Je me suis relevé, j'ai guéri de mes blessures, j'ai grandi et je continue. Et aujourd'hui, je n'ai plus soif. L'idée de prendre un verre ne me passe même plus par la tête. Puis je suis retourné sur les bancs d'école, il y a deux ans, et je vais graduer en avril prochain, dès que mon stage de quatre mois comme intervenant social au Gîte Ami sera complété.»
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Donc, tout va mieux pour Christian Gosselin. La vie a repris son sens.
Mais toutes ces années à combattre ses démons lui sont restées bien en mémoire. Il sait ce que c'est d'atteindre le fond du baril. Il l'a visité et il y a vécu longtemps. Et aujourd'hui, relevé de ce combat incessant contre l'alcool, il veut aider à sa façon les itinérants, les sans-abri, les alcooliques et les écorchés de la vie.
Comment? En fondant un journal de rue - un mensuel, plus précisément - comme on en retrouve à Montréal (L'itinéraire), à Québec (La Quête) et à Trois-Rivières (La Galère).
«Le conseil d'administration de ce nouvel organisme sera élu le 16 mars prochain, d'expliquer Christian. Plusieurs personnes ont confirmé leur présence. Il y aura des travailleurs sociaux, des gens d'affaires, un politicien de Gatineau que je ne peux nommer pour l'instant parce que je ne lui ai pas demandé la permission de le faire. En bref, ce seront tous des gens qui croient dans le projet. Une fois le c.a. fondé et les règlements généraux adoptés, nous nous tournerons vers le financement de ce journal. Et il faudra bien entendu compter sur des subventions et de la publicité. J'ai rencontré les directeurs des journaux de rue de Montréal, de Québec et de Trois-Rivières et ils m'ont tous offert leur plan d'affaires, si on peut dire ainsi. Ils m'ont beaucoup aidé dans la planification de ce journal.
- Comment se nommera ce mensuel et qui l'écrira-t-il?
- Il se nommera Le Portail de l'Outaouais. Et pour la rédaction, je tente d'aller chercher les acteurs sociaux. J'aimerais que ceux-ci nous donnent leur réalité à eux et leur perception d'un itinérant. C'est quoi un itinérant, selon eux? Comment les voient-ils? Et en rassemblant toutes les réalités de ces gens dans le même journal, ainsi que celles des itinérants, on arrivera peut-être à se comprendre. M. et Mme Tout-le-monde ont un jugement envers les itinérants. Et le contraire est aussi vrai. Les itinérants ont un jugement envers la population. Si on pouvait briser ça et arriver à se comprendre, s'accepter et créer des liens entre les deux, le journal remplira sa mission. Et j'aimerais aussi inviter les étudiants en journalisme et en photographie à participer à la création et à la rédaction du journal. Ce serait un beau projet de session peur eux. Et personnellement, j'écrirai l'éditorial de ce journal. Disons que j'ai beaucoup de choses à raconter.
- Et comment se feront la distribution et les ventes?
- Par les itinérants. Comme dans les autres villes qui ont un journal de rue, ce seront les itinérants qui vendront le journal dans la rue. Ils devront payer 1,50$ la copie et le journal se vendra à 3$ la copie. Donc un profit pour eux de 1,50$ par copie vendue. L'itinérant deviendra ainsi travailleur autonome. Il achète ses copies, et à lui de les vendre. Ils ne seront plus sur le coin de la rue pour quêter, mais bien pour vendre un journal. Et ce sera une opportunité pour eux de reprendre leur vie en main.»
Selon Christian Gosselin, Le Portail de l'Outaouais devrait voir le jour dans quelques mois. «Si tout va bien», ajoute-t-il d'un ton confiant.