Les acteurs Gabrielle Marion-Rivard et Alexandre Landry.

Alexandre Landry, à la rencontre de l'autre... et de soi

«Je ne fais pas ce métier-là pour la gloire, mais pour aller à la rencontre des gens, pour grandir humainement, apprendre à me connaître à travers les rôles que j'endosse.»
À 27 ans, Alexandre Landry a un sourire étincelant, un regard franc et, surtout, un coeur à fleur de peau. Son interprétation de Martin, l'amoureux de Gabrielle, dans le film de Louise Archambault, le prouve hors de tout doute: il y est saisissant d'authenticité. Comme en entrevue.
Les producteurs et la cinéaste de Gabrielle avaient a priori songé à choisir un comédien handicapé pour donner la réplique à Gabrielle Marion-Rivard. Encore leur fallait-il trouver celui qui, en se glissant dans la peau de Martin, ferait naître naturellement la chimie essentielle entre les deux amoureux, devant la caméra.
C'est alors qu'Alexandre Landry (Olivier, dans Destinées) s'est pointé en auditions.
«Louise m'a ensuite demandé de rencontrer Gabrielle pour voir si ça pouvait vraiment cliquer entre nous.»
Le comédien s'est donc rendu à l'école Les Muses, afin d'établir un premier contact avec celle avec qui il partagerait peut-être l'écran.
«Quand je suis arrivé sur place, c'était moi, le différent, l'intrus parmi eux. Mais alors que nous avons tendance à les exclure, eux m'ont accueilli avec une chaleur désarmante...»
Sans savoir que Louise Archambault l'observait, il s'est spontanément joint à la chorale.
Et venait du même souffle de décrocher le rôle.
Par la suite, il a passé plusieurs semaines à chanter, à répéter et, encore plus, à discuter avec Gabrielle en prévision du tournage, notamment des scènes plus "charnelles" qu'ils auraient à tourner tous les deux.
«Je savais que Gabrielle n'avait jamais vécu une telle intimité et c'était d'autant plus important pour moi qu'elle trouve sa zone de confort avec moi, souligne Alexandre Landry. Louise a notamment eu l'intelligence de nous faire danser ensemble, en amont du tournage, pour qu'on apprivoise petit à petit le rapprochement entre nos deux personnages.»
Incarnation hommage
Son incarnation de Martin, résolument physique, il a voulu en faire un coup de chapeau à un ancien petit voisin, lui aussi atteint du syndrome de Williams.
«Il avait à peu près mon âge et habitait à côté de chez nous. On jouait souvent ensemble, raconte-t-il. Je me souviens qu'il chantait tout le temps, un peu comme Gabrielle d'ailleurs. Je lui ai donc emprunté certains tics pour rendre Martin le plus vrai possible. C'était ma façon de lui rendre hommage.»
À la recherche intellectualisé pour créer un personnage, Alexandre Landry privilégie donc «des recherches vivantes».
Pour son rôle dans le nouveau film de Rodrigue Jean, en salles en 2014 et dans lequel il tient le premier rôle en tant que prostitué masculin, il n'a pas hésité à descendre dans la rue.
«J'ai passé deux soirées sur la rue Sainte-Catherine à distribuer des clopes et à jaser avec des prostitués. Je ne pourrais pas avoir la prétention de défendre sur une scène ou devant la caméra quelqu'un dont je ne connais pas la réalité. J'ai besoin de m'imprégner humainement pour bien rendre mes personnages.»
Mais jouer, pour lui, «n'est pas une finalité en soi. Ce n'est pas la seule chose qui me définit», tient-il à préciser.
Parallèlement à sa carrière, l'homme caresse d'autres rêves, nettement plus enracinés dans cette "campagne" où il a grandi, à Saint-Étienne-des-Grès. Il aspire à diriger éventuellement une ferme autarcique et à implanter des serres hydroponiques en Afrique.
Un monde à changer
Entre-temps, avec le comédien Francis-William Rhéaume, ainsi que les caméraman Maxime Lamontagne et preneur de son Laurent Ouellet, il nourrit bénévolement l'inspirant projet «Un monde à changer» (www.facebook.com/unmondeachanger).
«C'est parti de notre volonté de changer la face des médias sociaux. D'en faire quelque chose de vraiment collectif et, surtout, de positif.»
Dans l'une des capsules mises en ligne, ils ont notamment demandé à des inconnus d'appeler un proche pour lui dire spontanément je t'aime. «On veut développer un pont entre Internet et la réalité, et créer un mouvement rassembleur», souligne celui qui espère attirer d'autres collaborateurs au projet.