Avide lecteur, Alain Deneault avoue s'être ouvert tard aux mondes de la littérature.

Alain Deneault remonte «la filière canadienne » des paradis fiscaux

Avec son nouvel essai, Paradis fiscaux: la filière canadienne, paru cette semaine chez Écosociété, l'invité d'honneur du jeudi au Salon du livre de l'Outaouais, Alain Deneault, continue de creuser les thèses d'Offshore, Paul Martin et compagnies, Noir Canada, etc.
Après avoir abordé «les pôles de décision occultes» qui manipulent «la moitié du stock d'argent de la planète», l'essayiste originaire de Gatineau s'intéresse cette fois au rôle historique assumé par le Canada dans la création des paradis fiscaux, depuis l'époque du Dominion - quand «une coterie d'affairistes» s'est créé un «havre bancaire» pour profiter de trous dans la réglementation américaine - jusqu'à l'accord de libre-échange avec le Panama, entériné en 2010. 
De tels agissements «mettent en péril nos prétentions démocratiques, car le Canada sait très bien que le Panama est une des plus grandes lessiveuses de fonds issus du narcotraffic», se désole Alain Deneault.
 L'auteur juge les États «trop permissifs». «Les facteurs du monde financier et industriel font que les grandes sociétés - et les banques qui les ont pour clients - peuvent contourner les règles de droit et se présenter ensuite, forts des capitaux qu'ils ont, pour négocier divers avantages, comme des zones franches. »
Or, «au lieu d'encadrer, les États développent des échappatoires» car ils «se font concurrence», dans une «course pour courtiser» des flux de capitaux dont ils connaissent pourtant la propreté douteuse, analyse-t-il. Du coup, «ils assouplissent systématiquement les cadres réglementaires». 
«On emprunte à des instances qu'on n'impose même plus», poursuit-il. «En 1981, l'impôt sur les revenus des entreprises s'établissaient à 38%. Il est de 15% aujourd'hui», témoigne M. Deneault, qui y voit une «hémorragie» fiscale.
Il estime par exemple qu'en 2012, 155 milliards $ reposaient à l'abri de l'impôt canadien. Ses chiffres s'appuient sur des données du fisc états-uniens, ainsi que celles du Tax Justice Network et du Réseau pour la justice fiscale (RJF), dont l'auteur est membre.
«État de siège social»
Un tel «tapis rouge est déroulé sans réelle contrepartie », insiste-t-il, outré de ce que «ce sont pourtant les entreprises qui bénéficient le plus des services publics et du bien commun. Non seulement [les minières] ont-elles accès aux ressources [canadiennes], mais on leur construit des routes, elles trouvent ici du personnel formé, des soins de santé, et tous les filets sociaux qui garantissent la paix sociale» sans laquelle elles s'installeraient sans doute ailleurs, illustre-t-il.
M. Deneault dénonce le fait que ces mêmes États, en revanche, sont prompts à demander au contribuable lambda de financer «des services publics qui sont de moins en moins efficaces, et de plus en plus tarifés». En conclusion, son livre n'hésite pas à parler d'«état de siège social».
Le Canada lui-même est devenu un paradis fiscal, s'indigne M. Deneault, qui considère Halifax comme l'«arrière-boutique des Bermudes» et qualifie les Îles Turque-et-Caïques d'«onzième province canadienne». 
«Il y a à peu près 80 paradis fiscaux dans le monde, et chacun à sa vocation propre. [...] Le Canada a développé sa niche dans le domaine de l'énergie et des mines», notamment par «la mise en place de fiducies de revenus non imposables», selon une «logique proprement offshore».
Au Québec, son essai retrace «l'histoire d'une capitulation», où l'auteur déboulonne le code minier de la province, aux conséquences jugées fâcheuses. 
Paradis fiscaux: la filière canadienne, Alain Deneault, Éditions Écosociété, 400 pages