Affaire Gee Gees : un dossier mal géré

L'enquête concernant les allégations d'agressions sexuelles perpétrées par des joueurs de l'équipe de hockey des Gee Gees de l'Université d'Ottawa (Ud'O) lors d'un séjour à Thunder Bay semble enfin avancer.
La police de l'endroit a fait savoir hier que des enquêteurs de son service ainsi que de la Gendarmerie royale sont dans la capitale «pour effectuer des entrevues avec des personnes en connexion avec le programme de hockey de l'Université d'Ottawa», avec l'assistance de la police d'Ottawa.
Ça fait déjà deux semaines, soit le 25 février dernier, qu'une plainte a été déposée par une tierce personne en liaison avec cette affaire qui a eu son origine lors d'un séjour de deux parties du Gris et Grenat dans le nord ontarien, les 31 janvier et 1erfévrier. Quelques jours après le dépôt de la plainte, l'Université annonçait qu'elle suspendait indéfiniment toute l'équipe, joueurs comme entraîneurs, même si aucune arrestation n'avait été effectuée ni aucune accusation déposée.
Au moment où cette mesure a été annoncée, je me suis abstenu de commenter cette décision de mon alma mater, jugeant qu'il valait mieux attendre d'en savoir plus.
Présomption d'innocence
Mais comme l'enquête s'éternise - ce qui serait normal dans les circonstances, me dit une source policière - et qu'un dénouement à cette sordide histoire ne semble pas être proche, j'aimerais juste rappeler un principe de base en droit qui a été malmené dans ce dossier: la présomption d'innocence des personnes qui font l'objet d'une enquête.
Présentement, tout ce qu'on sait est que la victime alléguée, qui est d'âge adulte, a collaboré à l'enquête. Elle n'est pas à l'origine de la plainte qui a été déposée directement à la direction de l'Ud'O. On ne sait pas combien de joueurs sont impliqués, ni où exactement la présumée agression aurait eu lieu, quoiqu'un porte-parole de la police de Thunder Bay a dit que ce n'était pas sur le campus de l'Université Lakehead.
On sait aussi que cette enquête n'a rien à voir avec le débat concernant une «culture du viol» qui fait présentement rage sur le campus de la rue Laurier en raison d'un tout autre incident, même si le lien est facile à faire.
Mais en suspendant les 26 joueurs de l'équipe, ainsi que l'entraîneur-chef Réal Paiement, la direction de l'Université s'est substituée au juge et au jury en les identifiant comme coupables avant même que l'enquête ne soit commencée!
Comme l'a dit un des joueurs, le défenseur Nicolas Therrien, dans nos pages au lendemain de la décision, «tous les joueurs passent pour des salauds... Il y a un impact négatif sur tous les joueurs. Il y en a qui n'étaient pas là (comme lui, blessé et absent du voyage), d'autres qui dormaient, mais ça touche quand même tout le monde. Selon moi, il ne faut pas mettre tous les joueurs dans le même bateau».
Bien dit. Leurs réputations sont toutes entachées, peu importe si en fin de compte, quelques-uns d'entre eux pourraient s'être conduits de façon inappropriée, ce qui reste à être prouvé par surcroît.
Réal Paiement, qui est un bon homme avant d'être un bon entraîneur, aura certes de la difficulté à conserver son emploi. Car la façon de traiter le dossier par ses patrons laisse croire qu'il a mal géré la crise, ou pire, qu'il a tenté volontairement d'étouffer l'affaire, à tout le moins jusqu'à l'élimination de son club, le 21 février.
J'ai réussi à parler brièvement à Paiement hier. Il a retourné mon appel plus par courtoisie qu'autre chose, car il ne peut commenter l'histoire, de crainte d'influencer l'enquête en cours. Au bout du fil, sa voix donnait l'impression qu'il était un homme pas mal découragé de se retrouver dans une telle galère. Sans compter que des dommages irréparables sont causés à son programme, qui devrait être en pleine période de recrutement pour l'an prochain.
Dire qu'il avait quitté un cimetière d'entraîneurs dans la LHJMQ, le Titan d'Acadie-Bathurst, à l'été 2011, pour s'amener avec les Gee Gees.
Bien curieux de voir comment cette triste histoire va se terminer. Et quelles réponses seront données à toutes les questions qu'elle a engendrées.
En terminant, l'Ud'O n'a pas donné suite à une demande d'entrevue avec Luc Gélineau, le directeur de son Service des sports.