Jean-Claude Trinque (à l'avant-plan) doit une fière chandelle à cinq «jeunes» pompiers de Gatineau (Marco Doucet, Simon Langelier, Marco Gagnon, le capitaine Mario Sweeney et Patrick Pépin [absent de la photo]) et ses compères Jean-Guy Sirois et Rolland Lafrenière (absent de la photo).

À un souffle de la mort

L' histoire qui suit est celle d'un homme qui a frôlé la mort, mais qui était miraculeusement au bon endroit au bon moment. Et c'est aussi l'histoire d'une confrérie et d'une solidarité léguées de génération en génération.
Une fois par mois, une vingtaine de pompiers retraités de l'ancienne Ville de Hull se donnent rendez-vous au restaurant Le Cheminot, à Gatineau, pour prendre le petit-déjeuner ensemble et se rappeler le bon vieux temps.
Mardi de la semaine dernière, Jean-Claude Trinque, ancien capitaine et chef de groupe âgé de 73 ans, était le dernier des compères à se pointer le nez au Cheminot.
«J'étais stationné assez loin du restaurant, dit-il. Et en arrivant, j'étais à bout de souffle.»
Il salue ses amis en arrivant à la table, il y prend place, il verse un peu de crème dans la tasse placée devant lui en attendant que la serveuse arrive avec le café et... il ne se souvient plus de la suite.
M. Trinque a été victime d'un arrêt cardiaque. Juste là. Dans le restaurant, devant ses amis et clients.
Heureusement pour lui, ses collègues n'avaient rien oublié de leur ancien métier et leurs réflexes étaient aussi aiguisés que dans leur jeunesse. Et ce sont Jean-Guy Sirois et Rolland Lafrenière qui ont été les premiers à se porter au secours de leur vieil ami.
«On a pris le pouls de Jean-Claude et il n'en avait plus, se souvient M. Sirois. Quelqu'un à la table avait une bonbonne de nitroglycérine, on lui a donné, mais ça ne donnait rien. Donc, on a couché Jean-Claude au sol et Rolland et moi avons commencé la réanimation (cardio-pulmonaire). Je donnais le bouche-à-bouche pendant que Rolland faisait les massages et les compressions. Jean-Claude ne revenait pas à lui, mais l'air semblait entrer dans ses poumons. Et si l'air entrait bien, il allait donc à son cerveau. On n'avait pas de défibrillateur ou rien comme ça, mais les bonnes vieilles méthodes sont aussi bonnes.»
Puis la «cavalerie 2014» est arrivée...
Cinq «jeunes» pompiers de Gatineau de la caserne numéro3 ont répondu à l'appel 9-1-1 et se sont rendus au Cheminot en approximativement trois minutes.
«Et eux sont arrivés avec le défibrillateur, l'oxygène et tout l'équipement d'aujourd'hui, de reprendre M. Sirois. Alors ils ont vite pris la relève de Rolland et moi. Et quand l'ambulance est arrivée et que Jean-Claude a quitté sur une civière, il respirait. Il n'était pas conscient, mais il respirait. Disons qu'il est parti de loin. De très très loin. Ces jeunes pompiers ont fait un travail extraordinaire.»
Et si MM. Sirois et Lafrenière n'avaient pas été là? Si M. Trinque avait subi un arrêt cardiaque à la maison ou à un endroit où personne ne pouvait immédiatement intervenir, serait-il toujours de ce monde, même si les pompiers n'avaient pris que trois minutes pour lui porter secours?
«Ses chances de s'en tirer auraient été minces», de répondre le capitaine Mario Sweeney. (Lui et quatre de ses collègues ont été les pompiers dépêchés sur les lieux.)
«Le massage instantané dans les premiers instants est la clé, ajoute-t-il. C'est sûr que le trait d'union de trois minutes entre l'arrêt cardiaque et notre arrivée aurait été trop long. Il y aurait eu des séquelles, c'est certain. Si M. Trinque n'avait pas eu de réanimation cardiaque dans les trois minutes qui ont suivi l'arrêt, ses chances de s'en tirer auraient été minces. C'est pourquoi je crois que la réanimation cardio-pulmonaire (RPC) devrait être enseignée dès l'école primaire.»
Jean-Claude Trinque s'est est bien tiré. Il a repris conscience moins de 24 heures après son arrêt cardiaque. Il a passé quatre jours aux soins intensifs de l'hôpital de Hull et il est revenu complètement à lui le samedi, quatre jours après l'incident. Son coeur n'a pas été endommagé, il n'a aucune séquelle et il est rentré à la maison mardi dernier où son épouse Gisèle veille sur lui.
«J'ai été chanceux, dit-il en levant les yeux au ciel. Très chanceux. J'étais au bon endroit au bon moment. Et en compagnie de vieux amis sur qui je pouvais compter.»
Et en se tournant vers son ami Jean-Guy Sirois et les cinq jeunes pompiers qui sont intervenus ce matin-là et qui étaient réunis chez lui hier pour le saluer, il leur dit: «Merci Messieurs. Merci du fond du coeur. Merci de m'avoir sauvé la vie.»