À la rescousse d'un chevreuil pris dans un seau

Un chevreuil en détresse dont la tête est coincée dans une chaudière depuis déjà plusieurs jours est toujours en cavale à Lac-Simon, dans la Petite-Nation.
Le cervidé, qui rôde dans le secteur de la Baie-Yelle, est recherché par les agents du ministère du Développement durable, de l'Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP) depuis lundi.
Une résidente de l'endroit, qui nourrit plusieurs bêtes sur sa propriété durant l'hiver à l'aide de mangeoires, a averti les autorités de la situation en début de semaine, après avoir aperçu ladite bête.
La Direction de la protection de la faune de l'Outaouais avait dépêché six agents dans le secteur en début de journée, jeudi, afin de mettre les bouchées doubles pour récupérer le cerf. On croyait bien l'avoir capturé en après-midi après qu'une fléchette tranquillisante ait atteint la cible.
Les agents s'apprêtaient à retirer le récipient fixé autour du museau de l'animal pour ensuite le remettre en liberté dans la forêt, mais celui-ci a réussi à prendre la fuite.
« Probablement que le produit n'a pas fait effet comme on s'en attendait ou bien la fléchette n'a pas atteint un bon endroit », a indiqué le lieutenant Jocelyn Martel du bureau de la protection de la faune de Papineauville.
Une dernière tentative effectuée en fin de journée n'a pas été concluante, si bien que les agents ont décidé de remettre la poursuite à ce matin. Il n'est pas question pour l'instant d'abattre le chevreuil, a assuré le sergent Éric Thériault, en fin de soirée, jeudi.
« Avant d'en arriver là, on va envisager les filets ou une autre façon de le sauver. On va pouvoir le réhydrater, mais il faut juste l'attraper », a-t-il mentionné, ajoutant qu'il n'avait jamais vu pareille situation en 16 ans de carrière.
Une pratique néfaste
Cette histoire pour le moins particulière devrait servir de leçon aux personnes qui nourrissent les cervidés durant la période hivernale, espère le biologiste et responsable de la gestion des cerfs de Virginie pour le MDDEFP en Outaouais, André Dumont. Il y a longtemps que les experts dénoncent cette pratique qui n'est pourtant pas illégale, mais dont la nature est dommageable sur le mammifère, note ce dernier. Contrairement à la croyance populaire, il n'est pas bon d'avoir des mangeoires chez soi.
« Nous avons ici un excellent exemple du pourquoi il ne faut pas interagir avec les cerfs de Virginie en hiver. La problématique, c'est que les gens nourrissent ces bêtes. Cette histoire, ce n'est que la pointe de l'iceberg. Ce type d'événements, on ne l'a pas toujours sur caméra. On travaille très fort, tous les biologistes du Québec, pour sensibiliser les citoyens à ne pas donner de nourriture à ces animaux. Ça crée toutes sortes de problèmes et d'enjeux de conservation. »
Selon le dernier inventaire aérien effectué en 2013 par le MDDEFP, il y aurait plus de 350 sites de nourrissage du cerf en Outaouais. La région de Duhamel et Lac-Simon, dans la Petite-Nation, est particulièrement problématique à ce niveau, note M. Dumont, même si plusieurs plaintes sont aussi enregistrées hebdomadairement dans les limites de la Ville de Gatineau.
« C'est une espèce qui devient extrêmement dépendante en hiver. C'est un bel animal, ce qui fait que les gens développement de la sympathie et qu'ils ont vraiment l'impression qu'ils sauveront des chevreuils. Pourtant, ils ne sont pas adaptés pour manger à peu près 90 % de ce que les gens leur donnent. Ça occasionne des déséquilibres importants au niveau digestif, en plus d'influencer leur comportement migratoire », explique M. Dumont.