À la bonne franquette avec Amir

Alors qu'on entend les autres partis parler de compressions, d'abolition de postes, de lutte au déficit, Amir Khadir débarque en Outaouais en s'engageant à y investir 130 millions en santé. Rien de moins.
Vous me direz que c'est facile de faire de telles promesses dans la situation de Québec solidaire. Le parti de gauche a autant de chance de former le prochain gouvernement que Pierre-Karl Péladeau de proposer, un jour, une loi antiscabs à l'Assemblée nationale...
Bref, j'ai téléphoné à l'attaché de presse de M. Khadir pour solliciter une entrevue. On s'est donné rendez-vous au Café Bourg-Joie à Buckingham. Ça ne s'invente pas, ça. Khadir, le défenseur de la veuve et l'orphelin dans un café bourgeois. Remarquez, le nom est trompeur. On y sert un café biologique et équitable. Excellent d'ailleurs.
M. Khadir venait y fouetter ses troupes et son candidat local, Marc Sarazin, 60 ans, un retraité du domaine de la santé, aujourd'hui chargé de cours en travail social à l'UQO. M. Khadir avait d'autres entrevues à faire avant la mienne. J'ai commandé un panini et un café et je suis allé m'asseoir à une table.
- Bonjour LeDroit!
Amir Khadir et apparu subitement devant moi, la main tendue. Il a tiré la chaise pour s'asseoir. J'étais un peu embarrassé à cause du plateau plein de vaisselle sale qui traînait sur la table.
- Bonjour Québec solidaire, ai-je répliqué.
L'attaché de presse du député de Mercier a gentiment disposé de mon plateau. Décidément, on fait les choses à la bonne franquette dans ce parti-là.
Amir Khadir a salué les deux dames à la table voisine. Deux infirmières, d'après ce que j'ai compris, travaillant au CLSC de Buckingham. Khadir leur a fait un brin de conversation. Il leur a répété son annonce de ce matin, les 130 millions pour la santé en Outaouais.
J'ai saisi la balle au bond. Et vous allez les chercher où, vos 130 millions, M. Khadir?
Il m'a réprimandé: «C'est drôle hein, vous ne demandez jamais ça quand il s'agit de dépenser des milliards en infrastructures de toutes sortes...» Je vous assure, je pose la même question, M. Khadir.
«Ah oui? Ah bon. Mais on a prévu le coup, on sait que vous êtes taquin et coquin», a-t-il poursuivi en commençant à m'expliquer le programme de son parti.
C'est plutôt lui qui est taquin, je dirais.
Bref, il m'a expliqué qu'en mettant au pas l'industrie pharmaceutique qui nous fait payer ses médicaments de trois à six fois trop chers, le Québec pourrait dégager des économies de 1,5 à 2,4 milliards par année. De quoi financer notre future faculté de médecine. Pour ce qui est de la pénurie de personnel de la santé, elle n'existe pas, selon Khadir. Il promet de mettre au pas les ordres professionnels qui font la pluie et le beau temps au Québec en tirant, selon lui, les ficelles des «vieux partis».
Puis il s'est tourné vers nos voisines de table. «Mais je soupçonne plusieurs des infirmières ici assises d'être de dangereuses financières du parti Québec solidaire. Qui attendent en retour des investissements majeurs dans les services de première ligne...» Les deux infirmières ont souri, sous le charme.
Juste avant qu'il arrive, j'étais en train de lire la chronique de Foglia dans La Presse. Celle où il parle de Pierre Karl Péladeau. Foglia, qui n'a jamais caché sa symphatie pour la bande de Khadir, y confesse qu'il signerait à deux mains la lettre d'appuis au patron de Québecor même si le personnage lui fait horreur. L'arrivée de PKP dans le camp souverainiste est la dernière chance de faire l'indépendance au Québec, juge Foglia.
Mais Khadir est convaincu que la candidature de PKP au sein de Parti québécois procède d'abord et avant tout d'un calcul politique. C'est une stratégie du PQ pour ravir des comtés aux libéraux et aux caquistes, point à la ligne. Car enfin, si c'est l'obsession de l'indépendance qui motive le recrutement de Péladeau, on aurait pu lui demander de se joindre au camp souverainiste juste avant le référendum.
«Je rappelle à M. Foglia et à tous ceux qui se laissent berner par cette illusion que ce que M. Péladeau sera en mesure de faire (s'il est élu député), c'est de mettre en application ce qu'il a toujours fait au cours des 10-15 dernières années dans ses journaux, une lutte acharnée aux services publics, aux droits des travailleurs et des plus démunis.»
Ça faisait déjà un moment que l'attaché de presse tentait de mettre fin à l'entrevue. Khadir, qui lui avait plusieurs fois fait signe de le laisser continuer, s'est finalement levé d'un bond pour me serrer la main.
- Salut, a-t-il dit.
Il est revenu deux minutes après et m'a serré de nouveau la main.
- Salut, a-t-il répété.
Salut Amir.