7. Le coq de St-Victor

Les résidents de St-Victor sont exténués : chaque matin, à 4 h cocoriquantes, ils sont réveillés par le coq du village, insupportablement ponctuel.
Un beau jour, le branle-bas de combat s'organise pour se débarrasser de la diva emplumée, au grand dam de son propriétaire, le maire, qui voue à son volatile un véritable culte.
Lorsque le maire de la localité voisine propose de troquer le coq contre sa propre mascotte, un âne à l'air abruti, mais noble animal réputé apporter le bonheur autour de lui... le vote populaire est unanime : on doit sauter - du coq à l'âne - sur l'occasion. C'est ça, ou le coq-au-vin, M. le maire !
L'échange aura un effet bénéfique sur le repos de tous... mais aussi des effets secondaires - tant sur le coq, qui sombre dans la dépression, que sur les villageois, qui vont notamment succomber à l'oisiveté, ou du moins à une indolence très méridionale, peuchère, bien qu'on soit ici dans Charlevoix, en plein Québec, dans un terroir cartoonesque évoquant l'ambiance surannée, bon enfant, des années 1930.
Ces effets pervers, les deux co-scénaristes du long métrage d'animation 100 % pure laine Le coq de St-Victor, Pierre Greco et Johanne Mercier (auteure du roman jeunesse Le coq de San Vito, dont est adapté ce sympathique conte farfelu) vont se faire un plaisir de les lister. Et de les grossir.
Par exemple, s'ils sont moins irascibles, les St-Victorins n'en sont pas moins belliqueux, comme en témoignera une mémorable bataille générale où l'on se tapoche à coup de miches-de-pain-sec... clin d'oeil aux bagarres générales de poisson-pas-frais emblématiques d'un village d'irréductibles Gaulois..
Ceci dit, si le film puise dans la potion de René Goscinny, c'est surtout l'univers de Pagnol qui se dégage de la fable. L'époque et le rythme y sont pour beaucoup : l'esprit de communauté qui sous-tend les relations de voisinage renvoie, par sa poésie, au Vieux-Port de Marseille. On pense aussi à Magasin Général, la bédé de Trip et Loisel, géographiquement plus proche, mais la présence prépondérante d'une boulangère (l'énergique Florence, vocalement incarnée par Anne Dorval) achève d'enfoncer le clou méditérrannéen.
On reconnaîtra au passage les voix de Guy Jodoin et Guy Nadon, de Benoît Brière, Alexis Martin, Mariloup Wolfe et bien d'autres. Du bon monde. Et très peu d'enfants - ce qui est inusité dans ce type de productions destinées à la jeunesse, mais n'y voyons pas un défaut !
Ce qu'on retient, c'est moins l'expressivité des voix - convenable - que les qualités techniques et esthétiques du film.
Les mouvements sont irréprochablement fluides, les volumes et les ombrages habilement traités ; les couleurs éclatent et les décors enchantent, tant au village que dans les tableaux champêtres. Très stylisés, les colorés villageois sont tout ce qu'il y a de plus expressifs, incarnés jusque dans leur gestuelle, « vivants »... quoiqu'un peu trop lisses, d'un point de vue plastique. La finesse des textures aurait pu être peaufinée, mais on sait les coûts exorbitants que représente ce détail.
Et puis le réalisateur Pierre Greco offre de jolies trouvailles et prises de vue. Plutôt qu'une succession de gags loufoques, les artisans du Coq de St-Victor ont privilégié les ambiances. On s'amuse bien, mais on s'esclaffe peu. Sauf durant une leçon de calcul arithmétique qui dégénérera, sur fond de guerre de soldes.
Projections: Cinéma Aylmer (salle 3), 16 mars, 17 h.