Eileen Overend est l'une des sept bénévoles du Chamberfest qui fêteront cette année - tout comme le festival de musique de chambre d'Ottawa - leur 20e édition.

20 ans de dévouement et d'aventures humaines

Accueillir les spectateurs à l'entrée de la salle, les renseigner sur le concert du soir, indiquer où se situent les commodités... Le bénévolat? «Une aventure humaine qui permet de faire de belles rencontres et de donner en retour», assure Eileen Overend. Cette retraitée de la fonction publique en sait quelque chose. Elle célèbre cet été le vingtième anniversaire de «son» festival, le Chamberfest, dont elle n'a manqué qu'une seule édition en deux décennies, pour raisons de santé.
Pianiste et choriste à l'Ottawa Choral Society, cette mélomane évoque tout sourire une parenthèse enchantée de deux semaines, qui voit se reproduire chaque été, depuis 1994, le même miracle: la débarquement de milliers de spectateurs venus apprécier la musique de chambre.
L'affiche de la manifestation est aussi incroyable que l'événement est singulier. «Je demande à être affectée aux concerts où je n'irais pas habituellement», avoue la bénévole, qui apprécie particulièrement les concerts «découvertes», en deuxième partie de soirée. Un rêve qui tient à sa propre détermination, mais aussi au dévouement des 300 bénévoles qui travaillent à ses côtés d'arrache-pied pour créer les meilleures conditions d'accueil des artistes mais aussi des quelques centaines de personnes par prestation.
Une machine bien huilée
Difficile de comparer hier et aujourd'hui. Pour sa toute première édition, le Chamberfest avait programmé 22 concerts et compté sur la contribution d'une quarantaine de volontaires. Cet été, il s'appuie sur un spectaculaire réseau de plus de 300 bénévoles prêts à se relayer pour que les 120 spectacles et événements associés se déroulent sans fausse note.
«En 1994, les concerts de déroulaient à l'église St John's, sur Elgin, dans un lieu sans air conditionné. La canicule avait été particulièrement sévère, cet été là, et la salle était pleine à craquer. Le seul moyen de survivre était de se tenir au fond, près de la porte, alors que sur scène, les musiciens avait fini par se dévêtir», se souvient Eileen Overend. Finie aussi, l'époque où le violoniste Martin Beaver devait s'interrompre entre les mouvements pour essuyer son instrument, se refaire une nouvelle peau et repartir de plus belle.
Le bénévolat a ainsi permis à Eileen Overend d'assister gratuitement à nombre de concerts mémorables. Parmi ses plus belles expériences, elle cite celui de Menachem Pressler, de Gerald Finley, du violoniste James Ehnes et du trio Gryphon dont fait partie le directeur artistique Roman Borys.
Mais le moment le plus extraordinaire fut certainement cette réaction de la harpiste Judy Loman, à l'issue d'un programme très applaudi: «Je me souviens d'une dame dans l'assistance, en fauteuil roulant, qui n'avait pas totalement la maîtrise de ses gestes pendant la prestation. À la fin, elle a tenu à rencontrer la musicienne et lui a demandé si elle connaissait Ye banks and braes o' bonnie Doon, une chanson populaire écossaise. Judy Loman s'est mise à l'interpréter, et tout le monde était en larmes.»
L'anecdote rappelle la définition du festival classique par Wagner: «Un événement extraordinaire, un lieu extraordinaire, un moment extraordinaire.»