Le Gatinois Adrien Lavoie s'est vu remettre en novembre, le prix Micromultinationale de l'année par eBay Canada.

Wooki.ca: une micro-internationale

En 2013, le Canada a exporté des biens pour un total de 420 milliards, dont 106 milliards étaient attribuables au travail des PME. Plus de 37 000 PME canadiennes ont exporté activement des biens vers un large éventail de destinations internationales, les États-Unis étant bons premiers.
Des chiffres qui correspondent bien à la réalité du Gatinois Adrien Lavoie, qui s'est vu remettre en novembre, le prix Micromultinationale de l'année par eBay Canada. Déjà en 2013, sa boutique en ligne Wooki.ca, qui a aussi pignon sur le boulevard St-Joseph dans le secteur Hull, lui avais permis de remporter le prix du Jeune entrepreneur de l'année. 
«Près de 95% de mes ventes sont en ligne et de ce nombre, 90% sont des ventes à l'international», calcule rapidement Adrien Lavoie, qui à 27 ans, a trouvé sa niche dans les chaussures de sport. 
En affaires depuis 2011, il a fait ses premiers pas à l'étranger via la plateforme d'eBay (nom d'utilisateur : boardshopw). «Avec eBay, ce n'est pas plus difficile de vendre quelque chose au Canada que de l'envoyer aux États-Unis, ça serait d'ailleurs un peu ridicule de s'en priver.» D'abord spécialisé dans les articles de sport, notamment dans les longboards, il délaisse peu à peu les autres types de marchandises pour se concentrer uniquement sur les chaussures, beaucoup plus faciles et moins coûteuses à envoyer. 
Il vend dans plus de 45 pays différents, ses clients étant principalement américains et australiens. La Grande-Bretagne, la France et Israël se retrouvent aussi beaucoup sur ses bons de commande. 
Pour rendre ses produits encore plus attrayants pour les clients à l'extérieur du pays, il paie une partie des frais d'envois. «Au lieu de payer 40$ pour la livraison, les clients ne paient que 19,99$. Pour des clients qui proviennent de pays où les biens sont très taxés, mes produits sont intéressants.»
Hausser le seuil de minimis
Adrien Lavoie a joint récemment sa voix à celles de 11 autres petits entrepreneurs canadiens qui ont signé une lettre ouverte au premier ministre Justin Trudeau afin de lui demander de hausser le seuil de minimis (NDLR: le niveau en dessous duquel des articles peuvent entrer au Canada sans être frappés de droits de douanes ou de taxes) au pays. eBay Canada a d'ailleurs déposé à ce sujet un mémoire au Comité permanent des finances de la Chambre des communes, dans le cadre des consultations prébudgétaires de 2017.
Le niveau canadien de minimis, fixé à 20$, n'a pas bougé depuis les années 1980. Il est l'un des plus bas au monde avec l'Ouganda et la Jordanie. Le seuil de minimis aux États-Unis est de 800$ US, tandis que celui de l'Australie est de 1000$ AU. 
Retours coûteux 
Pour les petites entreprises qui font du commerce en ligne, ce faible seuil a un impact important sur les retours de marchandise, notamment. Lorsque des achats de l'étranger sont retournés au Canada, ils sont aussi frappés par des droits et des taxes. «Ma politique est claire, ces frais seront refilés au client, mais c'est très cher, ça peut atteindre 40$, voire 55$ pour renvoyer une paire de chaussures. C'est évident que le client à qui cela arrive ne voudra pas refaire des achats avec moi. Cette loi date de l'ère pré-internet, c'est ridicule !», déplore le propriétaire de Wooki.ca, qui ne compte que sur l'aide de deux employés à temps partiel.
Au fil du temps et de ses ventes, sa relation avec les distributeurs, comme Adidas et Reebok, a beaucoup évolué. C'est d'ailleurs pour sécuriser les distributeurs qu'il a ouvert une boutique «réelle», même si l'essentiel de ses ventes se fait en ligne. «Pour les distributeurs, c'est rassurant de voir que j'ai un pied à terre, ça leur offre de la visibilité, mais je crois que maintenant je pourrais mieux négocier et me permettre d'être seulement une boutique en ligne. On verra dans le futur.»
Il entretient aussi une relation importante avec Postes Canada. «Je crois qu'ils ont bien compris tout le potentiel des entreprises de commerce en ligne comme la mienne.» Le service postal s'est engagé à ramasser ses colis le plus tard possible. «Ainsi, un gars à Toronto peut me commander une paire de souliers à 17 h 30 et la recevoir le lendemain matin. »
Pour lui, les prix et les reconnaissances sont une confirmation que son modèle d'affaires est viable à long terme. «J'ai en main une entreprise dont je peux en vivre», poursuit celui qui dit réfléchir à d'autres projets de commerce en ligne.