En 2017, la société d’État a choisi d’imposer un tarif dissuasif de 15 cents le kilowattheure aux mineurs de cryptomonnaies, comme le bitcoin. Ce tarif est deux fois plus élevé que le prix payé par un client résidentiel.

Vols d’électricité chez Hydro-Québec: cannabis et monnaies virtuelles sous la loupe

La croissance des installations pour soutenir les monnaies virtuelles pourrait entraîner une hausse du nombre de vols d’électricité, craint Hydro-Québec, qui surveille de près ce phénomène. Tout comme pour le cannabis, des fraudeurs en lien avec cette nouvelle industrie ont été épinglés au cours des derniers mois à travers la province.

«De façon générale, lorsqu’on parle de vols, c’est beaucoup du résidentiel», indique au Soleil Marc Desaulniers, chef des interventions en vol d’électricité chez Hydro-Québec. «Par contre, on suit différentes tendances», poursuit-il.

Par exemple, Hydro-Québec a découvert au cours des derniers mois, dans des résidences, des installations non déclarées utilisées pour le minage de chaînes de blocs. Cette dernière sert notamment à transiger les monnaies virtuelles à travers le monde. 

En 2018, la société d’État a choisi d’imposer un tarif dissuasif de 15 cents le kilowattheure aux mineurs de cryptomonnaies, comme le bitcoin. Ce tarif est deux fois plus élevé que le prix payé par un client résidentiel.

Hydro-Québec précise toutefois ne pas avoir encore appliqué la nouvelle formule, puisqu’aucune demande officielle n’a été logée après l’annonce de l’augmentation tarifaire. 

«On exerce actuellement une vigie par rapport à la cryptomonnaie. Il faut dire qu’il y a un tarif différent», avance M. Desaulniers. «La charge en électricité est très grande pour ces installations. Cela peut provoquer deux choses, soit du vol d’électricité pour payer moins ou encore cela peut faire en sorte que des gens ne déclarent pas leurs installations pour payer un tarif moindre. C’est aussi une forme de fraude tarifaire».

Et y a-t-il des cas avérés au Québec? «La réponse est oui!»

Selon la société d’État, ces installations clandestines représentent un risque d’incendie et elles peuvent affecter le service d’électricité d’un quartier en raison de leur forte demande en énergie. 

Le chef des interventions mentionne aussi que l’escouade de la société d’État dédiée aux vols d’électricité doit toujours livrer bataille aux producteurs illégaux de cannabis, et ce, malgré la légalisation du produit en octobre.

«Il y a toujours eu du vol d’électricité dans le secteur des serres de cannabis. Nous avons tendance à penser qu’avec la légalisation, c’est un phénomène que nous allions voir disparaître. Nous prétendons le contraire. Cela reste une façon pour réduire les frais d’exploitation des producteurs illégaux», avance-t-il.

Selon des données fournies au Soleil, en 2017, Hydro-Québec a décelé 408 cas de vols d’électricité pour une valeur de 2,11 millions $. L’an dernier, en date du 30 novembre, 323 fraudeurs avaient été démasqués. Le montant des vols : 3,34 millions $.

Escouade

Pour information : l’escouade d’Hydro-Québec, connu sous le nom Direction intégrité et protection des revenus, est composée de 48 travailleurs — inspecteurs, ingénieurs, conseillers et analystes — à travers la province, dont 18 dans la région de Québec. 

À ce nombre, 25 autres enquêteurs sont disponibles au besoin pour réaliser des enquêtes spécifiques en vue de déposer des accusations criminelles. 

Chaque année, le département profite d’un budget de 10 millions $.

Lors d’intervention, Hydro-Québec collabore parfois avec la Sureté du Québec. En 2017, dans le cadre de l’opération Ampère, 184 inspections avaient permis de trouver 109 cas de vols dans les régions des Laurentides et de Lanaudière. Du nombre, 37 étaient des serres de production de cannabis. La somme des vols dépassait le cap du million de dollars.

Et parfois, certains fraudeurs ne sont pas à leur premier larcin. C’est entre autres le cas d’un citoyen du Lac-Frontière, dans la région de Montmagny, arrêté pour une quatrième fois en lien avec un vol d’électricité en mai 2018 (2014, 2015, 2017). Lors d’une inspection à sa demeure, les enquêteurs ont remarqué un branchement directement au réseau. 

Considérant les nombreuses infractions en cette matière et le risque associé à cette méthode de vol, un mandat d’arrestation pour vol d’électricité et méfaits avait alors été émis contre l’individu. Il a été incarcéré en attente de son enquête sur remise en liberté. 

Il a plaidé coupable à l’ensemble des chefs d’accusation. 

Hydro-Québec affirme que l’installation des compteurs intelligents lui permet aujourd’hui de déceler plus rapidement et plus efficacement les possibles fraudeurs. Ces installations offrent une lecture de la consommation d’électricité en temps réel.

M. Desaulniers tient à rappeler que les gens courent un risque pour leur santé lorsqu’il tente de manipuler leur installation électrique.

Hydro-Québec chiffre à environ 75 millions $ ses pertes annuelles en raison des vols d’électricité, soit entre 0,3 % et 1 % de ses ventes.

La ligne de dénonciation pour signaler du vol d’électricité à Hydro-Québec : 1 877 816-1212