Le gouvernement du Québec est à la recherche d’une «solution québécoise» pour relancer l’usine de Thurso. Le ministre Pierre Fitzgibbon a confirmé cette solution en entrevue au Droit.

Usine Fortress: Québec recherche une «solution québécoise»

La relance de l’usine Fortress de Thurso, si elle se concrétise, devra passer par l’intervention d’un investisseur québécois et par une conversion des installations de l’entreprise. Trois projets distincts proposés par des joueurs d’ici se retrouvent présentement sous la loupe du gouvernement du Québec qui se donne encore trois mois pour conclure une transaction afin de redémarrer les cheminées de l’usine, sans quoi le pilier de l’industrie forestière en Outaouais risque de cesser complètement ses activités.

Le ministre québécois de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, confirme au Droit que le gouvernement, principal créancier de Fortress Global, est à la recherche d’une « solution québécoise » pour relancer l’usine depuis l’échec du processus de vente de l’entreprise à des investisseurs de niveau international.

Les trois propositions actuellement sur la table prévoient la conversion des équipements de l’usine de Thurso, indique le ministre Fitzgibbon, qui n’a pas voulu donner davantage de détails sur la nature exacte que pourrait prendre la papetière sous l’égide d’un nouveau propriétaire.

« Il y a trois joueurs intéressés avec qui nous regardons un projet de relance de l’usine qui devra passer par une nouvelle vocation. Si nous n’avons pas été capables de retrouver un repreneur pour la vocation qu’ils ont présentement, je ne pense pas que ce serait logique qu’on puisse refaire ça avec une solution québécoise, à moins que d’ici le moment où on trouve une solution, le prix de la pâte cellulosique augmente de façon importante, ce que j’assume, n’arrivera pas. On se donne encore trois mois pour trouver une solution », affirme M. Fitzgibbon.

C’est essentiellement la dégringolade du prix de la pâte dissolvante sur le marché, résultat de la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis, qui a forcé Fortress Global à stopper temporairement ses opérations, à l’automne 2019. L’usine de Thurso, qui embauchait un peu plus de 320 travailleurs avant d’annoncer sa fermeture temporaire en octobre, a reçu un prêt de 8 millions de dollars du gouvernement provincial afin maintenir ses actifs en attendant de retrouver un investisseur stratégique au niveau mondial. Le processus ayant échoué, Fortress Global s’est placée, à la mi-décembre, sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies, dans le but d’entreprendre une procédure de restructuration.

Aucune garantie de redémarrer

Avec l’argent prêté par Québec, l’entreprise peut survivre jusqu’au début de l’été, estime le ministre. Quelques dizaines de personnes travaillent encore au sein des installations pour garder actif le système de cogénération, notamment.

« Selon nos pronostics, sur une base de maintien des opérations minimum qu’on roule présentement, on pense qu’on serait correct jusqu’au mois de juin », indique M. Fitzgibbon.

Même si le gouvernement « travaille avec de bons groupes », le ministre de l’Économie et de l’Innovation demeure réaliste et ne veut faire aucune promesse sur la tournure que pourrait prendre la suite des choses. « Il faut reconnaître que personne dans le monde ne veut acheter l’usine. C’est sûr que c’est un peu problématique, mais au Québec, nous sommes ingénieux pour trouver des solutions. Je suis confiant qu’on va trouver une solution, mais je ne peux pas vous dire aujourd’hui que c’est assuré », dit-il.

« S’il n’y a pas de solution qui est envisagée ou qui est conclue à la fin du mois de juin, il y aura eu deux processus qui n’auront pas fonctionné, donc c’est sûr qu’il y aurait une fermeture à tout le moins temporaire. On mettrait l’usine dans un mode d’hibernation et on attendrait que le prix de la pâte monte, ce qui n’est pas un scénario intéressant, je dois l’avouer », ajoute-t-il.

Vers une révision du régime forestier ?

En ce moment, le gouvernement évalue la faisabilité des propositions mises de l’avant, mentionne M. Fitzgibbon, qui précise que Québec pourrait allonger les investissements, si la situation s’y prête.

« Nous devons regarder si le projet peut être viable au niveau économique. Si oui, il faudra voir à quel niveau le gouvernement doit s’impliquer. Fort probablement qu’il faudra s’impliquer parce qu’on parle de conversion d’équipement possiblement, donc il y a de l’argent à mettre là-dedans. S’il y a des projets d’innovation pour que l’usine soit performante, on va être au rendez-vous. »

Rappelons qu’en 2010, le gouvernement libéral de Jean Charest avait accordé, par le biais de son bras investisseur qu’est Investissement Québec, un peu plus de 100 millions à Fortress Global pour convertir l’ancienne usine de pâtes et papier de Papier Fraser en fabrique de pâte cellulosique destinée au marché de la rayonne.

Quoi qu’il en soit, si une transaction survient dans les prochains mois et qu’un promoteur du Québec achète les installations de Fortress Global pour se lancer dans un nouveau créneau de production, il faudra inévitablement que le régime forestier, grand coupable pointé du doigt par les industriels de l’Outaouais pour expliquer la crise forestière actuelle, soit modifié, laisse entendre M. Fitzgibbon.

« Le dossier de Fortress est un dossier qui va avoir un impact national. C’est un dossier que le ministère de l’Économie travaille avec le ministère des Forêts. Une réforme de Fortress va passer par un ajustement sur l’allocation du bois », note le ministre.

La cellule d’intervention sur la vitalité de l’industrie forestière en Outaouais et dans les Laurentides, déployée en décembre par le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, doit d’ailleurs soumettre en mars ses premières recommandations.

Le groupe de travail est composé d’intervenants de l’industrie, d’élus et de fonctionnaires provinciaux.