Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, a rencontré la presse à Ottawa, mercredi matin.

Une troisième hausse du taux directeur

La Banque du Canada hausse son taux directeur de 0,25 point de pourcentage pour la troisième fois en six mois. Il passe ainsi de 1,00 % à 1,25 %, une mesure qui devrait éventuellement ralentir les dépenses des ménages et les pousser à épargner davantage.

Dans son rapport sur la politique monétaire dévoilé mercredi, à Ottawa, la banque centrale affiche une certaine confiance dans l’économie canadienne qui tourne presque à plein régime malgré l’incertitude entourant la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA).

« C’est une grande inconnue pour nous, a reconnu le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz. Nous ne savons pas quel effet cela pourrait avoir sur l’économie. Il faut donc se préparer pour savoir quels mouvements surveiller et être prêt à réagir immédiatement de façon appropriée. »

Cette incertitude, couplée à des mesures protectionnistes au sud de la frontière, pourrait inciter les entreprises canadiennes à faire des investissements aux États-Unis plutôt qu’au Canada pour augmenter leur capacité de production.

La récente réforme fiscale américaine pourrait leur donner un incitatif supplémentaire en ce sens puisqu’elle leur permettrait d’économiser de l’impôt.

Cette situation demeure une source d’inquiétude pour la Banque du Canada qui surveille la situation de près.

« Ce qu’on entend dans nos survols et nos conversations avec les entreprises est que lorsqu’elles doivent décider si elles investissent au Canada ou aux États-Unis, ça semble des fois plus simple d’investir aux États-Unis et ça leur permet de mieux gérer les risques », a expliqué la première sous-gouverneure de la banque, Carolyn Wilkins.

« Tant que l’incertitude persistera, on croit que probablement l’effet sur l’investissement va persister aussi », a-t-elle continué.

C’est l’impact le plus tangible de la renégociation de l’ALÉNA sur l’économie canadienne, a pour sa part ajouté M. Poloz, en ajoutant que l’effet que pourrait avoir un retrait américain de l’accord de libre-échange au Canada est encore très difficile à prévoir.

L’incertitude depuis l’élection de Donald Trump à la présidence américaine a aussi probablement déjà eu un effet négatif sur les investissements directs étrangers au Canada en provenance de l’Europe et des États-Unis puisque ceux-ci diminuent depuis un an et demi, constate la banque dans son rapport.

Reste que les pressions inflationnistes se font sentir au pays. Le taux de chômage à 5,7 % est historiquement bas, signe que l’économie se porte bien. Malgré quelques fluctuations, le taux d’inflation devrait demeurer autour de 2 %. La Banque du Canada s’attend à une croissance du produit intérieur brut (PIB) de 2,5 % lors du premier trimestre qui devrait ensuite se modérer.

Même si les prévisions économiques pourraient le justifier, la Banque du Canada indique qu’elle s’attend à devoir « maintenir un certain degré de détente monétaire ». Donc, une autre hausse consécutive du taux directeur en mars semble peu probable pour l’instant.

À court terme, la consommation des ménages dont le niveau d’endettement demeure élevé devrait continuer à stimuler l’économie canadienne. La Banque du Canada prévoit qu’ils devraient toutefois réduire leurs dépenses en 2018 et 2019 en raison des taux d’intérêt plus élevés. Elle note que la croissance du crédit a quelque peu ralenti à la suite des hausses du taux directeur en juillet et en septembre.

Pour un propriétaire fortement endetté, une hausse de son taux hypothécaire de 1 point de pourcentage pourrait signifier une hausse de 180 $ de ses paiements mensuels sur un prêt de 360 000 $.

Les banques réagissent

D’ailleurs, les grandes banques canadiennes vont hausser jeudi leur taux d’intérêt préférentiel d’un quart de point de pourcentage, ajoutant une pression financière sur les propriétaires de maison qui détiennent une hypothèque à taux variable. La Banque Royale a été la première à indiquer, mercredi, que son taux préférentiel passerait à 3,45 %. La Royale a ensuite été imitée par la Banque de Montréal, la Banque CIBC, la Banque Scotia, la Banque TD, la Banque Nationale et le Mouvement Desjardins.

Les banques ont tendance à hausser leur propre taux préférentiel lorsque la banque centrale majore son taux directeur, retransmettant du coup la hausse de leurs coûts d’emprunt aux consommateurs. Les prêteurs commerciaux utilisent leur taux préférentiel comme référence pour établir les taux d’intérêt de certains de leurs produits, comme les hypothèques à taux variable et certaines marges de crédit.