Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, et la chef parlementaire du Parti vert, Elizabeth May, réclament l’abandon de l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain pendant qu’il est encore temps.

Une «porte ouverte» pour laisser tomber Trans Mountain

Tous les partis d’opposition – à l’exception des conservateurs – et des groupes écologistes somment le gouvernement fédéral de laisser tomber l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain pendant qu’il est encore temps.

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, la porte-parole du Nouveau Parti démocratique en matière d’environnement, Laurel Collins, ainsi que la chef parlementaire du Parti vert, Elizabeth May, ont tiré la sonnette d’alarme sur l’explosion des coûts du projet.

Ils étaient accompagnés de Patrick Bonin, de Greenpeace, et d’Alexandra Woodsworth, de l’organisation citoyenne Dogwood.

Selon un sondage Nanos mené auprès de 1003 Canadiens, l’augmentation des coûts de Trans Mountain change la donne pour la population, qui serait de plus en plus mal à l’aise de dépenser de l’argent public pour poursuivre le projet.

Le dernier décompte indique que le coût total du projet d’expansion serait de 12,6 milliards $, ce qui est beaucoup plus élevé qu’une estimation précédente de 7,4 milliards $.

Le gouvernement fédéral a acheté l’oléoduc existant entre l’Alberta et la Colombie-Britannique et un plan d’expansion inachevé pour 4,5 milliards $ en 2018.

Le coup de sonde démontre que seulement 16 % des Canadiens pensent que le fédéral devrait payer plus de 12 milliards $ pour l’expansion de l’oléoduc. Ils sont 43 % à penser que les contribuables ne devraient pas payer un sou pour ce projet.

Cette proportion est plus élevée au Québec, où 59 % sont d’avis que l’argent public ne devrait pas aller dans ce projet.

Trans Mountain Corp., l’entreprise détenue par le gouvernement fédéral, a dépensé 2,5 milliards $ à ce jour en raison de la gestion des répercussions des retards et du processus de réglementation supplémentaire qui en a découlé. Il reste à dépenser 8,4 milliards $ de plus pour terminer le projet, ainsi que 1,7 milliard $ en frais financiers.

Mme Woodsworth voit cette explosion de coûts comme une « porte ouverte » afin de permettre au gouvernement de laisser tomber le projet en ayant le soutien de la population.

« S’il n’y a pas de profits à faire dans l’avenir, si nous allons avoir de la difficulté à trouver des acheteurs, nous avons encore l’opportunité de sauver ces milliards et investir dans les énergies renouvelables, investir dans ces familles qui éprouvent des difficultés dans l’Ouest canadien, plutôt que de perdre ces milliards de dollars en soutenant un éléphant blanc dans l’avenir », a-t-elle dénoncé.

Or, le sondage brandi mercredi démontre que les Canadiens sont indécis quant à l’avenir de cet oléoduc.

Ils sont plus nombreux à dire que Trans Mountain devrait être vendue au privé au meilleur prix possible (40 %), plutôt que de compléter l’expansion avec l’argent public (33 %) ou de l’annuler complètement et d’encaisser les pertes (17 %).

Selon Patrick Bonin, « il est très clair que ce projet-là n’aura pas d’acheteur ». Il demande donc à ce que le gouvernement cesse le projet.

« Si le gouvernement s’entête à vouloir aller de l’avant, minimalement, que toute l’information soit sur la table pour que les Canadiens et Canadiennes, les Québécois et Québécoises comprennent que c’est plus de 12 milliards $ qui doivent être mis actuellement et qu’on va tous payer de notre poche », a-t-il réclamé.

Pour Yves-François Blanchet, le gouvernement devrait réaliser qu’il a commis une « méga gaffe » plus tôt que tard. « Si tu as une fuite d’eau dans la maison, tu ne dis pas : on va continuer de laisser fuir ça puisque ça a déjà commencé. Tu colmates », a-t-il ironisé.

Les libéraux dirigés par le premier ministre Justin Trudeau sont intervenus avec des fonds publics lorsque l’entreprise responsable du projet, Kinder Morgan, disait ne pas pouvoir surmonter les obstacles réglementaires et les défis juridiques.

Certains de ces obstacles ont depuis été levés et le gouvernement dit qu’il a l’intention de vendre l’oléoduc une fois que l’expansion sera terminée et de générer des profits qui seraient réinvestis dans la lutte contre le changement climatique.