Alors que la consommation de cannabis sera permise à partir du mois d’octobre, l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés s’inquiète qu’un grand nombre d’entreprises n’aient prévu aucune mesure quant à la consommation de drogues en milieu de travail.

Une entreprise sur deux n'est pas prête à la légalisation du pot

EXCLUSIF / Aurez-vous le droit de fumer un petit joint pendant votre pause au boulot en octobre? Votre employeur peut-il vous mettre à la porte si vous avez consommé? Une entreprise sur deux n’est pas prête pour la légalisation du cannabis, et ce, même si au départ la loi devait être en vigueur dès juillet.

La situation est «préoccupante», selon l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés (CRHA), qui recommande aux entreprises de s’attaquer à cette question. 

À trois mois de la légalisation, le constat a surpris l’Ordre. Selon un sondage qu’il a effectué sur Internet en juin, auquel 391 entreprises ont répondu, 60 % d’entre elles ont mis en place une politique sur la consommation de drogues. C’est la même proportion que lors de son dernier coup de sonde, qui datait pourtant d’octobre dernier.

«On se serait attendu à ce qu’il y ait au moins 80 % des organisations qui nous disent : “Oui, on a une politique qui est en place, on a un cadre, on prévoit faire des ateliers d’éducation”», illustre la directrice générale de l’Ordre, Manon Poirier. Par ailleurs, il ne suffit pas non plus d’avoir fait une politique pour être bien outillé.

«J’espère que si on refait le sondage au mois d’octobre, on aura des statistiques plus élevées. Est-ce que c’est le syndrome de la dernière minute? Ça se peut», ajoute-t-elle.

Pourtant, 85 % des conseillers en ressources humaines interrogés estiment que la légalisation aura un impact dans leur entreprise et 74 % se disent «très» ou «assez» préoccupés par cet enjeu. 

D’ailleurs, la consommation de drogues est déjà une problématique pour près de 4 entreprises sur 10, une statistique qui a étonné l’Ordre. Surtout que la consommation pourrait s’accroître après la légalisation, indique Mme Poirier, en s’appuyant sur des cas aux États-Unis.

Sans vouloir être alarmiste, «parce qu’il y a déjà certaines pratiques qui sont établies dans les organisations notamment par rapport à l’alcool», Mme Poirier estime que de «traiter le cannabis de façon un peu désinvolte [...| n’est pas prudent». 

L’Ordre croit que les organisations doivent s’y mettre rapidement pour éviter des problèmes. Il deviendra plus difficile de «prendre action» contre un employé si on n’avait pas annoncé ses couleurs, croit la directrice générale.

Guide pour s’inspirer

Elle fait par ailleurs valoir que l’implantation d’une politique n’a pas à être compliquée et reste à la portée de tous les types d’entreprises, même les plus petites. Il faut avant tout ouvrir un dialogue avec les employés, on peut aussi faire de petits ateliers. 

L’Ordre met d’ailleurs à la disposition du public son guide «Comment s’adapter à la légalisation du cannabis dans les milieux de travail», qui répond à plusieurs questions, donne un exemple de politique et rappelle les obligations des travailleurs et des entreprises.

On peut lire dans le guide que la loi permet à l’employeur de mettre en place une politique dite de «tolérance zéro» qui justifiera ensuite l’imposition de sanctions sévères qui peuvent aller jusqu’au congédiement. Mais il n’a pas le droit de tester aléatoirement ses employés pour voir s’ils consomment. Il doit avoir des motifs raisonnables pour demander un test. 

Il ne peut pas non plus congédier un salarié incapable de travailler en raison de sa dépendance au pot, puisque c’est considéré comme un handicap. Il a l’obligation de l’accommoder, par exemple en lui demandant de s’inscrire à une cure de désintoxication.

Le salarié, lui, doit fournir une prestation de travail et le faire avec diligence et prudence. Il lui faut donc suivre les règles édictées par son employeur, dont respecter la politique sur la consommation s’il y en a une.

Les entreprises qui sont les mieux outillées sont en général celles où il y a des postes à haut risque, c’est-à-dire où la consommation de drogues peut mettre en danger le travailleur ou ses collègues et non pas seulement toucher à la productivité, note Mme Poirier. On peut penser aux industries de la construction, du transport ou des mines, par exemple.