Les installations d'Hexo dans le secteur Masson-Angers, à Gatineau.

Une démission soudaine chez Hexo préoccupe les analystes

La démission soudaine du chef de la direction financière de Hexo - le principal fournisseur de la Société québécoise du cannabis (SQDC) - soulève des interrogations chez certains analystes, qui se demandent si ce départ ne cache pas autre chose.

À la Bourse de Toronto, la réaction des investisseurs était également négative, lundi après-midi, puisque le titre du producteur de cannabis de Gatineau retraitait d’environ 6%, ou 32 cents, pour se négocier à 5,10 $.

Après seulement environ quatre mois en tant que chef de la direction financière, Michael Monahan a démissionné de ses fonctions chez Hexo, a annoncé vendredi l’entreprise, après la clôture des marchés.

Soulignant qu’il devait passer la majorité de son temps à Gatineau et Ottawa, le principal intéressé a fait valoir que cela n’était «pas possible» pour lui «étant donné les besoins» de sa famille.

«En bref: un départ aussi soudain d’un chef de la direction financière avec de l’expérience au sein d’autres entreprises cotées en Bourse est préoccupant et va pousser les investisseurs à se demander «qu’est-ce que nous ne savons pas?» pendant un certain temps», a estimé l’analyste Christopher Carey, de Bank of America Merill Lynch, dans une note envoyée à ses clients.

La nomination de M. Monahan, qui a oeuvre au sein de sociétés américaines comme Nutrisystem - jusqu’à sa vente en mars dernier - et PetroChoice, avait été annoncée en mai par Hexo, en même temps que la création de Hexo USA au Delaware, qui visant à officialiser la présence de la société au sud de la frontière.

M. Carey avait amorcé la couverture de Hexo en mai dernier en se montrant particulièrement positif à l’endroit de la société québécoise. Dans son plus récent rapport, l’analyste a toutefois abaissé son cours cible de façon marquée, le faisant passer de 9 $ à 4 $.

«Il est difficile de savoir quelles étaient les attentes de M. Monahan lorsqu’il a joint les rangs de l’entreprise», a écrit M. Carey, ajoutant qu’il était raisonnable de penser que la situation chez Hexo ne correspondait pas à ses attentes.

Mauvais message

Chez Desjardins Marchés des capitaux, John Chu a également qualifié la nouvelle du départ de M. Monahan de «négative», soulignant, dans une note, que son bref passage chez Hexo «n’était pas idéal», alors que la société doit dévoiler ses résultats du quatrième trimestre plus tard en octobre.

Le producteur de cannabis avait annoncé en janvier un plan de transition visant notamment à recruter une personne dotée d’une «expérience internationale pertinente en produits de grande consommation».

En attendant de trouver un nouveau directeur financier, Hexo a indiqué que Stephen Burwash, vice-président des finances stratégiques, occuperait le poste par intérim. Il avait aussi joué ce rôle dans les semaines qui ont précédé l’arrivée de M. Monahan.

«Cette nomination semble s’éloigner du plan original annoncé en janvier (...), mais nous reconnaissons que M. Burwash devrait être en mesure d’assurer une transition en douceur», a indiqué l’analyste de Desjardins.

Néanmoins, «pour l’instant», M. Chu a fait savoir que son cours cible de 14 $ pour le titre de Hexo demeurait inchangé.

Malgré les commentaires plutôt négatifs de M. Carey, Hexo n’a pas voulu apporter davantage de précisions, indiquant, lundi, dans un courriel, ne rien avoir «à ajouter à ce qui se trouve dans le communiqué diffusé la semaine dernière». Il n’a pas été possible de parler au président-directeur général de Hexo, Sébastien St-Louis.

En avril 2018, Hexo, qui s’appelait alors Hydropothicaire, avait décroché une entente de cinq ans pour devenir le fournisseur privilégié de la SQDC. Cette entente pourrait être prolongée d’une année supplémentaire en vertu d’une option.

Hexo souhaite générer des revenus nets de 400 millions $ au cours de l’exercice 2020, mais Bank of America Merill Lynch s’attend à ce que la société soit obligée d’abaisser cette cible à environ 235 millions $.