Des drapeaux du Canada et de la Chine flottaient côte-à-côte sur Pékin, lors d'un sommet économique en novembre 2018

Une délégation des Communes en Chine veut réclamer la libération des Canadiens

OTTAWA — Un groupe de députés fédéraux qui doit se rendre en Chine, cette fin de semaine, veut profiter de ce voyage pour demander la libération de deux Canadiens détenus depuis le mois dernier, a indiqué le député conservateur Michael Cooper, qui fait partie de la délégation.

De l'avis du patron de Michael Kovrig, l'un des deux détenus, c'est une chose que devrait faire chaque voyageur canadien qui pose le pied en Chine. En entrevue jeudi, le président de l'International Crisis Group, Robert Malley, a estimé que toute personne devrait soulever le problème avec son interlocuteur chinois afin de démontrer que la situation nuit à l'image de la Chine dans le monde.

C'est exactement ce que les membres de l'Association législative Canada-Chine ont l'intention de faire dès leur arrivée samedi, selon le député Michael Cooper.

En plus de M. Kovrig, un diplomate d'Affaires mondiales Canada en congé qui travaille pour l'International Crisis Group à Pékin, un entrepreneur du nom de Michael Spavor a aussi été arrêté le mois dernier en Chine. Il a notamment organisé des visites en Corée du Nord.

Ces arrestations sont largement perçues comme des mesures de rétorsion à la suite de l'arrestation par la Gendarmerie royale du Canada de Meng Wanzhou, directrice des finances du géant des télécommunications Huawei, à la demande des États-Unis. Mme Meng fait face à des accusations de fraude aux États-Unis; elle a été libérée sous caution à Vancouver, en attendant son audience d'extradition.

«Les autres membres de la délégation et moi-même allons aborder la question avec les autorités chinoises de la manière la plus constructive possible dans le but évident de voir ces deux Canadiens rentrer sains et saufs dans les meilleurs délais», a ajouté le représentant de St Albert?Edmonton.

Trois députés libéraux, un sénateur libéral et un sénateur conservateur complètent la délégation de ce voyage déjà prévu à l'horaire et financé par les contribuables.

M. Cooper reconnaît que le voyage a été remis en question en raison des tensions actuelles jusqu'à ce que le chef de la délégation, le sénateur libéral Joseph Day, se soit entretenu avec le ministère des Affaires étrangères.

«Le message d'Affaires mondiales Canada (...) était qu'il valait mieux y aller que d'annuler, a rapporté Michael Cooper. Bien franchement, s'il y avait un enjeu de sécurité ou si l'on avait jugé que ce ne serait pas bénéfique, on n'irait pas.»

Les touristes appelés à la prudence

Jeudi, le département d'État américain a mis à jour son avis aux voyageurs concernant la Chine, exhortant les touristes américains à «faire preuve d'une prudence accrue» en raison de «l'application arbitraire des lois locales ainsi que des restrictions particulières imposées aux ressortissants américains qui possèdent aussi la nationalité chinoise».

Adam Austen, porte-parole de la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland, a indiqué que les délégations parlementaires sont indépendantes et peuvent prendre leurs propres décisions concernant les voyages, ajoutant que le ministère avait bien informé les participants avant leur départ.

Un porte-parole du gouvernement chinois a estimé jeudi qu'il n'était pas «opportun» pour l'instant de discuter des allégations visant deux Canadiens détenus en Chine, alors que le procureur en chef du pays venait de soutenir que les deux hommes avaient enfreint la loi.

On sait peu de choses sur la situation des Canadiens Kovrig et Spavor: ils n'ont bénéficié chacun que d'une seule visite consulaire de l'ambassadeur du Canada en Chine, John McCallum, le mois dernier.

Le procureur en chef chinois, Zhang Jun, a déclaré jeudi à Pékin que MM. Kovrig et Spavor avaient violé les lois du pays et faisaient l'objet d'une enquête. Lors du point de presse régulier du ministère des Affaires étrangères, le porte-parole Lu Kang a ensuite refusé de préciser la nature de ces allégations.

«Nous avons déjà dit ici même que ces deux citoyens canadiens faisaient l'objet d'une enquête conformément à la loi pour avoir participé à des activités qui portent atteinte à la sécurité nationale de la Chine», a déclaré M. Lu. «Il n'est pas opportun de divulguer plus d'informations pour l'instant.»

Adam Austen a réitéré l'appel du gouvernement du Canada à la libération immédiate des deux hommes. «Nous sommes profondément préoccupés par la détention arbitraire de deux Canadiens le mois dernier par les autorités chinoises et réclamons leur libération immédiate», a-t-il rappelé.

Un total de 13 Canadiens ont été arrêtés et détenus en Chine depuis l'éclatement de l'affaire Huawei, le 1er décembre. Huit personnes ont été libérées depuis. Ils s'ajoutent aux quelque 200 ressortissants canadiens qui font face à des procédures judiciaires concernant diverses infractions, a précisé un représentant du gouvernement fédéral.

Ce nombre correspond à la moyenne des dernières années et se compare aux quelque 900 Canadiens détenus aux États-Unis pour de nombreux motifs.

Le gouvernement canadien a sollicité l'appui d'importants alliés pour faire pression sur Pékin. Le département d'État américain a demandé la libération des deux Canadiens, tandis que l'Allemagne, la France, l'Union européenne et l'Australie ont également publié des déclarations en ce sens.

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Michael Kovrig et Michael Spavor