Marc-André Cordeiro Lima et Gabriel Girard-Bernier de la Brasserie du Bas-Canada
Marc-André Cordeiro Lima et Gabriel Girard-Bernier de la Brasserie du Bas-Canada

Une bière en temps de COVID-19 pour réclamer des assouplissements aux règles

Déçue de voir son appel au gouvernement québécois à assouplir et moderniser la réglementation sur l’alcool être resté lettre morte, notamment pour permettre aux microbrasseries d’effectuer la livraison ou l’envoi postal de leurs produits durant la crise de la COVID-19, la Brasserie du Bas-Canada, à Gatineau, lance mardi une nouvelle bière appelée «Bienvenue en 2020».

Sur l’étiquette de la bière vendue en canette de 473 millilitres, on a pris soin de retranscrire la majeure partie de la missive qui a été envoyée le 9 avril dernier aux ministres Pierre Fitzgibbon (Économie et Innovation), Mathieu Lacombe (responsable de l’Outaouais) et Marie-Ève Proulx (déléguée au Développement économique régional) ainsi qu’au député de Chapleau, Mathieu Lévesque.

«Dans le cadre de la lutte contre la COVID-19, les restrictions nécessaires annoncées par le gouvernement du Québec viennent bouleverser cet écosystème et menace des milliers d’emplois dans notre industrie. Plusieurs brasseries artisanales ne peuvent tout simplement plus opérer et plusieurs ont vu leurs revenus diminuer drastiquement avec les fermetures de leur pub ou salon de dégustation et l’arrêt des ventes de bières dans les bars. Toutefois, les restrictions actuelles nous permettent encore de poursuivre la production de bières. Dans ces circonstances extrêmement difficiles, il est temps d’agir afin d’assouplir et de moderniser la réglementation actuelle», est-il entre autres écrit dans cette lettre pour laquelle la jeune entreprise fondée en 2017 n’a reçu qu’un accusé de réception.

Soutenant avoir été une entreprise responsable en adoptant même avant que le tout ne soit exigé des mesures concrètes pour assurer la santé et la sécurité de ses clients et employés, par exemple en admettant un seul client à la fois dans la brasserie, en mettant sur pied une boutique en ligne et un système de cueillette sécuritaire ainsi qu’en se conformant aux restrictions de déplacements entre Ottawa et Gatineau, «même si elles (les) privent d’un important marché, la Brasserie du Bas-Canada affirme que le gouvernement provincial doit maintenant innover pour aider cette industrie en plein essor.

Sur l’étiquette de la bière vendue en canette de 473 millilitres, on a pris soin de retranscrire la majeure partie de la missive qui a été envoyée le 9 avril dernier aux ministres Pierre Fitzgibbon (Économie et Innovation), Mathieu Lacombe (responsable de l’Outaouais) et Marie-Ève Proulx (déléguée au Développement économique régional) ainsi qu’au député de Chapleau, Mathieu Lévesque.

«Concrètement, nous demandons que soit permise la livraison à domicile des produits que nous fabriquons. C’est la cas d’ailleurs dans les autres provinces canadiennes et dans de nombreux États américains. Depuis le début de la crise sanitaire, plusieurs États américains ont assoupli leur réglementation afin de permettre aux brasseries artisanales de poursuivre les opérations tout en assurant au maximum la sécurité des travailleurs et du public. [...] Nous vous demandons également qu’une fois la crise sanitaire passée, que soient examinées l’ensemble des réglementations entourant les brasseries artisanales au Québec afin de poursuivre l’innovation de notre secteur économique et pour en finir avec certaines lois qui sont un legs de l’époque de la prohibition», peut-on lire sur le contenant de bière dont le nom fait référence à la modernisation tant souhaitée des lois.

Le copropriétaire de la Brasserie du Bas-Canada, Gabriel Girard-Bernier, affirme que les règlements québécois étaient déjà considérés désuets par plusieurs avant même cette pandémie et que l’occasion serait belle pour la province de donner un coup de pouce aux microbrasseries.

«On nous a demandé d’agir en s’adaptant comme entreprise aux conditions actuelles, et à notre tour on demande au gouvernement, en bout de ligne, de s’adapter et de nous donner de meilleures conditions pour fonctionner dans les circonstances. Notre message, c’est qu’en marge de ces circonstances exceptionnelles, on pourrait en profiter pour alléger les contraintes de l’industrie et penser à des changements. À peu près toutes les provinces permettent la livraison (d’alcool) ou les envois postaux. Tout ça nous occasionne des situations particulières. On veut éviter que les gens se pointent en trop grand nombre à la brasserie et les gens sont mêlés, ils se demandent pourquoi un tel service n’est pas offert, sachant que certaines brasseries réussissent à s’en tirer car ils ont des restaurants. On doit leur expliquer qu’il y a plein de catégorie de permis qui existent et que dans notre cas, c’est impossible», dit-il.

Selon lui, rien n’empêcherait d’effectuer des modifications aux règlements à court et moyen terme, même s’il dit comprendre qu’il y actuellement des priorités «plus importantes».

«On ne veut pas non plus jouer les victimes et on est quand même chanceux de pouvoir continuer à opérer, mais la situation actuelle soulève des problématiques. Des gouvernements (comme l’Ontario) ont assoupli leurs politiques pas trop loin de chez nous, alors on croit que c’est possible de le réaliser ici aussi», ajoute le jeune homme d’affaires.

Selon l’Association des microbrasseries du Québec (AMQ), on comptait 244 microbrasseries à travers la Belle Province en 2019, un bond de 280% en l’espace de huit ans. Il aura fallu 25 ans pour voir naître les 100 premières brasseries artisanales, alors qu’une centaine d’autres sont apparues au cours des trois dernières années. En 2016, on estimait leurs parts de marché à un peu plus de 11%, une proportion qui depuis a augmenté, dit-on.