L’usine de GM à Oshawa a assemblé ses derniers véhicules la semaine dernière.
L’usine de GM à Oshawa a assemblé ses derniers véhicules la semaine dernière.

Une année 2019 plutôt morose chez GM

Les derniers véhicules sont sortis de l’usine d’assemblage de General Motors (GM) à Oshawa, en Ontario, la semaine dernière, mais les travailleurs et le syndicat espèrent que cela n’est pas la fin de l’histoire.

« Nous ne devons pas abandonner la capacité de production que nous avons là-bas », a estimé Tony Leah, qui a travaillé à l’usine pendant 39 ans avant de prendre sa retraite au début du mois de décembre.

Celui-ci fait partie d’un groupe visant à convaincre le gouvernement de reprendre l’usine afin de produire des véhicules électriques.

Après 66 ans, la fin de la production à cette usine ayant assemblé des véhicules tels que le GMC Silverado et la Chevy Impala survient à un moment où l’incertitude plane dans l’industrie automobile alors qu’elle est aux prises avec un ralentissement des ventes, des répercussions des tensions commerciales et des coûts élevés de la transition de la production vers des véhicules électriques et autonomes.

Les analystes estiment que dans ce contexte, il n’y a pas de chemin précis à suivre pour l’usine d’Oshawa ou l’industrie automobile canadienne dans son ensemble. Celle-ci devra être prête à se battre afin d’obtenir des engagements de la part des constructeurs automobiles pour assurer sa survie.

« C’est une tâche très difficile pour le Canada, a déclaré Joe McCabe, président de la firme AutoForecast Solutions. Mais si on se concentre sur la prochaine étape qui attend l’industrie, à savoir l’électrification et les véhicules autonomes, je pense que l’on peut entrevoir de la stabilité au Canada. »

M. McCabe considère que la production d’automobiles conventionnelles au Canada est au mieux stable, sinon en baisse. Le secteur a déjà fait l’objet d’importantes mises à pied au cours de la dernière année à l’usine Ford de Oakville, en Ontario, à Fiat Chrysler à Windsor, en Ontario, et bien sûr à l’usine d’assemblage de GM à Oshawa.

Celui-ci croit que le prochain investissement majeur pourrait survenir après l’arrivée d’un nouveau joueur, peut-être en provenance de la Chine, qui désire s’implanter en Amérique du Nord. Mais M. McCabe croit qu’il y a beaucoup de pain sur la planche et qu’il faudra beaucoup d’argent afin d’attirer une nouvelle usine en Ontario. « Les constructeurs doivent être incités d’une manière ou d’une autre à vouloir (s’installer) », a-t-il dit.

À la fin de 2017, Johnson Electric, établie en Chine, s’était engagée à investir 350 millions $ dans de nouveaux équipements ainsi que dans sa capacité de production, principalement en matière de composantes pour véhicules électriques. Le gouvernement ontarien avait accepté d’octroyer 24,1 millions $ à la société. BYD Co. Ltd. s’était également engagée à construire des autobus électriques en Ontario à l’époque, bien que les détails financiers n’aient pas été divulgués.

Les investissements américains, quant à eux, seront difficiles à dénicher à court terme, a déclaré Kristin Dziczek, vice-présidente de l’industrie, du travail et de l’économie au Center for Automotive Research.

Mais bien que l’industrie automobile canadienne n’a pas reçu des investissements majeurs comme ceux effectués aux États-Unis, comme l’annonce par GM d’une usine de batteries de 2,3 milliards $ US dans l’Ohio et de milliards de dollars pour construire une toute nouvelle camionnette électrique à Detroit, elle devrait quand même voir sa la production électrique augmenter, a déclaré Mme Dziczek.

Par exemple, Toyota devrait afficher une augmentation de 77 % d’ici 2023 afin d’atteindre 107 000 unités. Le constructeur automobile affirme que les modèles hybrides de ses RAV4 et Lexus RX représentent déjà plus de 20 % de sa production canadienne et qu’il commencera également à produire l’hybride Lexus NX en 2022.

« Nous avons effectué des investissements importants dans nos sites pour leur permettre de produire des véhicules électrifiés », a déclaré Stephanie Pollard, vice-présidente de Toyota au Canada, dans un communiqué.

Green Jobs Oshawa, le groupe dont M. Leah fait partie, aimerait que l’usine d’Oshawa se lance également dans la course à l’électrification, dans le but de produire environ 150 000 véhicules électriques sur cinq ans en se concentrant sur les camions postaux et autres véhicules utilisés par le gouvernement fédéral.

Si cela semble intéressant en théorie, les chances que cela se produise sont minimes, a déclaré le président d’Unifor, Jerry Dias.

« Ce serait merveilleux, mais ça ne va pas arriver », a-t-il dit.

Le leader syndical préfère plutôt déployer des efforts afin de s’assurer que GM maintienne l’intégrité de l’usine d’Oshawa et injecte de l’argent dans la piste d’essai qu’elle a promise, de sorte que l’usine soit prête pour une production future potentielle.

« Si GM veut avoir une piste d’essai à utiliser pour tester ses véhicules autonomes et électriques, qui sera conçue et fabriquée à Markham, la prochaine étape naturelle est, pourquoi ne construiriez-vous pas une voiture ? », a estimé M. Dias.

GM propose 170 millions $ pour transformer l’usine en site de fabrication de pièces automobiles et en plus de vouloir construire une piste d’essai pour véhicules autonomes, mais l’entreprise n’a pris aucun engagement quant à la production future de véhicules. Elle s’est récemment concentrée davantage sur sa recherche et son développement technologique dans la région.

Les engagements concernant les véhicules électriques ne sont que l’un des nombreux enjeux que M. Dias compte aborder dans les négociations contractuelles avec les trois constructeurs automobiles de Detroit. Selon les estimations d’Unifor, les véhicules électriques ne pourraient représenter qu’environ 5 % des ventes en 2025.

La firme AlixPartners estime que les constructeurs automobiles dans le monde dépenseront 255 milliards $ US en recherche et développement en plus de proposer environ 207 modèles électriques d’ici 2022.